« Je vais agir à Monaco comme compositeur et musicologue »

Mathilde Blayo 10/11/2020

Bruno Mantovani prend la direction artistique du Printemps des arts de Monte-Carlo à partir de l’édition 2022, où il succède à Marc Monnet. Il nous confie ses projets.

Comment s’est passée votre nomination au poste de directeur artistique du festival ? 

Il y a eu plusieurs actualités : j’ai d’abord pris mes fonctions au Conservatoire de Saint Maur. Ensuite, la proposition m’a été faite de prendre la direction artistique du festival Printemps des arts. J’en ai été très surpris, car je ne savais pas que Marc Monnet partait, et j’en ai été très heureux car j’ai une longue histoire avec ce festival en tant que compositeur. Ma première commande date de 2004, avec une pièce pour quatuor à cordes, chorégraphiée par Jean-Christophe Maillot. La dernière date de 2018. Quand j’étais directeur du CNSMDP, nous avions un partenariat avec le festival organisant des concerts avec nos élèves de 3ème cycle. Ces dernières années, il y a eu une recomposition du paysage musical monégasque, avec notamment Cécilia Bartoli nommée à la tête de l’Opéra. J’espère que nous pourrons créer une circulation, une émulation intellectuelle et artistique. J’ai commencé à travailler sur l’édition 2022, c’est déjà très court comme temps de programmation !

Vous allez prendre la suite de Marc Monnet qui a marqué le festival de son empreinte. Comment abordez vous ce changement ?

Il n’y a pas de droit d’inventaire. La programmation de Marc relève de ce qui est pour moi un festival idéal : un festival qui n’est pas spécialisé dans un répertoire mais qui en couvre un grand nombre. Marc Monnet a aussi réussi à questionner la forme du concert, en proposant des choses différentes, comme les concerts voyage. L’idée ne sera pas pour moi de refaire la même chose, mais de conserver la fraîcheur, l’esprit de ce festival, sa jeunesse. La Princesse de Hanovre, qui préside le Printemps des arts, veut un festival pointu musicologiquement parlant. La musicologie, c’est ce qui articule ma vie de compositeur. J’ai besoin du rapport à l’histoire pour trouver mon langage. Je vais agir là bas comme compositeur et musicologue, en essayant de tisser des relations fortes entre les œuvres que je vais présenter. On va également réfléchir à un festival plus thématique avec une partie recherche autour de la présentation des concerts. C’est un festival qui devra porter un regard de compositeur sur l’histoire.

De quoi d’autre avez-vous envie pour ce festival ?

J’ai notamment envie d’aller sur un autre rapport des musiciens au public. On fait beaucoup d’avant concert, mais peu d’après concert. Ce pourrait être un moment où les spectateurs s’expriment sur ce qui a été entendu, où les musiciens restent un peu et peuvent rejouer des passages. J’ai envie de ce rapport spontané entre le public et les musiciens. Aussi, je voudrais mettre en place un système de résidence de façon à ce que l’interprète qui vient pour jouer un concerto soit aussi là pour un récital, une master class. J’aimerais que la présence d’un musicien ne soit pas qu’un « coup unique », mais qu’on puisse le découvrir sous différents aspects. En terme de programmation, il y aura sûrement un peu plus de jazz. Ce que je voudrais réussir à faire dans la programmation musicale, c’est arriver à saisir de façon profonde l’évolution stylistique d’un compositeur. J’aime le concept de concert monographique sur un compositeur, qui nous permette de questionner notre regard sur l’histoire.

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