Europe : comment les conservatoires s’adaptent au Covid

Mathilde Blayo 16/11/2020
Philippe Dalarun est président de l’European Music School Union (EMU), l’union européenne des écoles de musique. Il nous parle de la situation des écoles de musique et conservatoires dans les autres pays d’Europe en pleine crise sanitaire.

Les décisions prises en Europe sur l’ouverture des établissements d’enseignement artistique sont-elles similaires ?  

Il y a de nombreuses différences, liées à la diversité des situations (géographiques, sanitaires, selon la taille du pays) et surtout liées à l’organisation politique des pays, selon que ce sont des états centralisés ou décentralisés. Quand il y a une régionalisation, comme en Allemagne, en Autriche ou en Suisse, le sentiment général est que cela permet une meilleure adaptabilité aux situations territoriales et une plus grande efficacité dans la lutte contre le virus. On retrouve partout des mesures sanitaires telles que le port du masque et la distanciation sociale. A l’inverse, l’usage de plexiglas n’est pas suivi partout. Le Luxembourg et la Finlande ne recommandent pas spécifiquement la mise en place de panneaux en plexiglas car ils ne limitent pas la circulation dans l’air du virus. Je crois qu’ils restent quand même utiles pour limiter les projections directes.

Comment les choses se passent-elles chez nos voisins ?

En Allemagne, l’ouverture ou non des établissements artistique dépend des länder. L’état fédéral consulte très régulièrement les régions sur leur situation sanitaire et a délégué beaucoup de prérogatives à la Verband deutscher musikschuelen (VDM) (l’équivalent allemand de la Fédération française de l’enseignement artistique), notamment en matière d’information. Grâce à cela, les établissements allemands ont des réponses rapides et précises sur des questions comme le remboursement des cours, leur annulation, les cours à distance.
En Italie, la situation est aussi régionalisée. En Emilie-Romagne, tous les cours ont lieu en ligne. En Toscane, les cours individuels peuvent se tenir en présentiel. Au Luxembourg, tous les cours sont maintenus en présentiel, avec un maximum de 4 élèves dans les cours en groupe où le masque doit être enlevé, et un maximum de 9 élèves dans les groupes en groupe où le masque peut être gardé.
Depuis le début du mois de novembre, il y a eu davantage de restrictions dans l’ensemble des pays européens. En Suisse, depuis le 2 novembre, les écoles de musique sont ouvertes aux jeunes jusqu’à 16 ans, les spectacles peuvent avoir lieu devant 50 personnes maximum et toutes les activités de chœur sont proscrites.

Comment se passe l’organisation des cours en distanciel ?

Comme en France, c’est le système D qui prévaut. La plupart du temps, ce sont les enseignants qui choisissent leurs applications, qui utilisent leur matériel personnel. Tous les pays sont à la même enseigne. Ce qui change, ce sont les plans de formation mis en œuvre. Au Luxembourg, des formations sur l’enseignement de la musique en temps de crise, sur la musique assistée par ordinateur, sont dispensées. Mais c’est une autre échelle que la France : le Luxembourg ne compte que 12 écoles de musique.
La Finlande a pris une mesure unique en Europe : 9,3 millions d’euros ont été débloqués pour doter les écoles de musique et d’art en matériel informatique. Le pays, qui compte peu de cas, recommande l’enseignement à distance pour les cours individuels.
En Autriche, chaque région a mis en place des plate formes régionales sur lesquelles les enseignants peuvent trouver des outils numériques, peuvent échanger sur leurs problématiques. De manière générale, partout en Europe et quasi instantanément, les cours à distance se sont organisés. Ce qui nous semble important maintenant c’est d’avoir un dialogue entre l’enseignement initial et le supérieur pour qu’on fasse remonter ce dont nous avons besoin : des étudiants mieux formés aux outils numériques, à la pédagogie à distance. Nous devons aussi réfléchir à ce que le numérique peut apporter au-delà des cours en distanciel.

Y-a-t-il des pays particulièrement mis en difficulté sur le plan de l’enseignement artistique ?

Nous craignions que la situation n’implique une baisse de salaire ou des licenciements pour les professeurs de musique. Pour l’instant, nous n’avons pas eu vent de grandes difficultés économiques. Mais tout le monde craint les conséquences budgétaires à long terme. La France fait presque exception avec un important réseaux d’écoles associatves et municipales non classées qui sont aujourd’hui dans une situation très précaire et préoccupante. Le ministère doit urgemment considérer ces établissements, qui représentent une majorité des établissements d’enseignement artistique en France.
Ce que nous voyons de manière générale en Europe, c’est que nos établissements ont des protocoles stricts et ne sont pas des vecteurs spécifiques du virus. Il faudrait pouvoir s’adapter selon les régions et les spécificités de chaque pratique artistique.

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous