Les cordes vocales sont-elles des cordes ?

Le terme de cordes vocales peut prêter à confusion dans la compréhension de la genèse de la voix. Les explications du docteur Emmanuel Bartaire, chef de service à l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul de Lille.

Les cordes vocales se trouvent dans le larynx, organe situé entre, en haut et en arrière, le pharynx, qui fait suite à la bouche et au nez pour conduire l’air ou les aliments ; en bas, la trachée, qui conduit l’air du larynx vers les poumons.

Le larynx forme le relief de la pomme d’Adam. Celle-ci est formée principalement par le cartilage thyroïde, en arrière duquel se trouvent les deux cordes vocales. Elles sont tendues dans un plan horizontal entre l’avant et l’arrière de celui-ci, elles mesurent 2  cm environ. Elles sont recouvertes d’une membrane appelée muqueuse. 

Le rôle du larynx est (entre autres) de conduire l’air du nez/bouche/pharynx vers la trachée et les poumons dans un sens et dans l’autre ; l’air chemine donc dans l’espace entre les deux cordes vocales.

Serait-il possible pour ces deux ligaments de seulement 2 cm de produire un son audible au dernier rang de l’Opéra Bastille ?

Ces cordes vocales sont mobilisées par un jeu complexe de cartilages et de muscles et peuvent s’éloigner l’une de l’autre (abduction) ou, au contraire, se rapprocher (adduction).

L’abduction (cordes vocales écartées) est nécessaire pour permettre de laisser passer un maximum d’air lors de la respiration. L’adduction (cordes vocales rapprochées) est nécessaire pour produire la voix, déglutir (éviter les “fausses routes”) ou dans la phase initiale de la toux.

Pour pouvoir produire le son de la voix, il faut des cordes vocales rapprochées. L’air expiré passe donc à haute vitesse dans la fente formée des deux cordes vocales. Dans ce rétrécissement de calibre se produit une diminution importante de la pression de l’air liée à l’augmentation de la vitesse. Cette diminution de pression provoque un rapprochement des deux portions de muqueuse qui recouvrent les deux cordes vocales et conduit à un mouvement de la muqueuse, qui ressemble à des voiles qui battent dans le vent. Les muqueuses se rapprochent jusqu’à se toucher et, à ce moment, le flux d’air s’interrompt, la pression augmente, puis les muqueuses s’écartent et l’air peut passer à nouveau. Les muqueuses des deux cordes vocales viennent s’accoler puis s’écarter très légèrement, ce qui interrompt le flux d’air plusieurs fois par seconde.

C’est bien une interruption du flux d’air qui produit la vibration de l’air, donc le son de la voix, et non la vibration des cordes. Cette interruption du flux d’air se produit entre 80 fois par seconde pour une voix de basse et plus de 1 000 fois pour une soprano.

La tension, l’inclinaison et la position des cordes vocales permettent ensuite de moduler la fréquence et le timbre, pour pouvoir parler, ou chanter.

Mais la genèse du chant ne s’arrête pas aux cordes vocales : le timbre et les phonèmes étant modifiés par la partie supérieure du larynx, le pharynx, le nez, la bouche, les sinus… qualifiés de résonateurs, et fortement influencés par la respiration. On peut d’ailleurs produire une “voix” sans les cordes vocales : c’est le cas de Dark Vador ou de certains artistes métalleux, qui produisent le son avec deux petits bourrelets, juste au-dessus des cordes vocales, appelés bandes ventriculaires, avec le même principe d’interruption de passage de l’air.

La voix est donc bien un instrument à vent, et non à cordes !

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