Rocio Cano Valiño, compositrice et architecte d’intérieur

Antoine Pecqueur 27/11/2020
Pour cette compositrice argentine, « chaque son exprime une physicalité ».

Avant le reconfinement, c’est dans un café parisien que nous rencontrons Rocio Cano Valiño. La crise sanitaire contraint depuis plusieurs mois la compositrice argentine, née en 1991 à Buenos Aires, à rester en France. Loin de sa famille, mais au cœur de la création : « Il est très difficile de pouvoir vivre en faisant de la musique contemporaine en Argentine, alors qu’ici, j’ai déjà de nombreuses possibilités. »

C’est ainsi que le 25  janvier prochain doit être créée sa pièce pour violon et électronique à Reims, dans le cadre d’une résidence au Studio Césaré. Trois mois plus tard, en avril, Rocio participera à un autre projet au théâtre de la Renaissance à Lyon – cette fois-ci non pas en tant que compositrice, mais comme scénographe et conceptrice lumières d’un opéra de son compatriote Demian Rudel Rey. Car Rocio Cano Valiño a aussi une formation d’architecte : « En Argentine, j’ai étudié à la fois la composition et l’architecture d’intérieur. Mais en arrivant en France pour poursuivre ma formation au Conservatoire de Lyon, je me suis tout d’abord concentré sur la musique. Aujourd’hui, j’ai davantage envie de mêler ces deux activités. »

Le son est matière

Rocio a un illustre prédécesseur : Iannis Xenakis, qui toute sa vie mêla les deux professions, alternant entre la composition de pièces le plus souvent monumentales et son travail d’architecte, notamment auprès de Le Corbusier. « J’avais l’habitude de dessiner des plans ; cela me donnait un avantage sur d’autres compositeurs1. » Comment Rocio voit-elle pour sa part le lien entre ces deux univers ? « La répétition, le rythme, la vitesse, la densité, la temporalité sont des éléments présents dans les deux disciplines. Dans les deux cas, l’objectif est de créer des résultats composés par des structures, simples ou complexes, qui sont liées afin de construire une grande forme. »

Rocio travaille notamment très étroitement avec l’électronique. Pour elle, le son est matière : « Chaque son exprime une physicalité particulière qui présente à la fois une image visuelle et une image sonore. » Martin Matalon, qui est l’un de ses professeurs au CNSMD de Lyon, souligne que « Rocio a tout à la fois une pensée très structurée et une vraie spontanéité dans l’écriture ». Lui-même originaire de Buenos Aires, il se réjouit de voir que « l’Argentine est l’un des pays au monde qui forme aujourd’hui le plus de compositeurs ! »

Prochaine étape au programme de Rocio Cano Valiño, un spectacle pour quatuor de percussions, électronique et vidéo, qui sera créé l’automne prochain. « L’idée est d’imaginer un voyage entre le théâtre musical, la vidéo-clip et la musique pure. » Pour ce projet qui lui tient tout particulièrement à cœur, Rocio va construire des objets que les interprètes utiliseront pour jouer sur leurs instruments. La boucle est bouclée.

  1. Iannis Xenakis, Nouritza Matossian, Fayard, 1986.
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