Le piano Phoenix, numérique et pliable

Zoé Cassard 01/12/2020
L’entreprise Adèle H a imaginé un piano facilement transportable. Rencontre avec son créateur, Chakib Haboubi.

La Masterclasse annuelle de piano ­d’Enghien-les-Bains vient tout juste d’ouvrir ses portes à sept jeunes pianistes français ainsi qu’au maître du jour qui les accompagne, Philippe Cassard. Mais un invité de marque leur fait déjà concurrence sur scène : un clavier numérique révolutionnaire, le Phoenix. Cet instrument a été créé pour satisfaire un réel besoin : du grand amateur au concertiste, qui n’a jamais rêvé de pouvoir mettre son piano de concert dans sa valise ? Un pari fou que s’est lancé Chakib Haboubi. « Je partais toujours en vacances avec un clavier numérique, jusqu’en 2012 où ma fille Adèle est née. Dès lors, je n’avais plus la place. » L’idée d’un piano pliable a alors cessé d’être une plaisanterie pour devenir le projet quotidien d’une équipe de sept collaborateurs.


Sept ans plus tard, le résultat est bluffant. Le Phoenix révèle des capacités acoustiques rares dans le numérique. « Toucher, son, pliabilité, autonomie : je n’ai voulu renoncer à rien », confie Chakib Haboubi. « J’ai créé un piano total. » Mais à piano total, prix totalement rond : l’instrument s’envole à 15 000 euros, le coût aussi d’une fabrication 100 % française. De façon plus générale, aucun paramètre du son n’échappe au prototype. L’entreprise est partie du Steinway modèle D pour élaborer cinq rendus de piano numérique différents. Les Phoenix d’Adèle H sont commercialisés sur mesure. Le client est invité à se rendre à l’atelier lyonnais pour échelonner avec l’ingénieur les paramètres sonores de son piano rêvé, note à note.
Le Phoenix est pensé pour un usage ultra-pratique : 26 kilos de technologie qui se plient dans une valise ou un flight case dimensionnés ; une fois le piano déplié, le bagage fait office de tabouret. « On peut jouer sur la plage, en haut d’une montagne. On a tous besoin de mobilité et envie de cette liberté-là. » Mais la critique reste sévère : difficile de laisser de la place à un instrument numérique. « Le but n’est pas de supplanter des pianos de concert », concède Chakib Haboubi. Un des intérêts majeurs du Phoenix reste de rendre possible la délocalisation d’un instrument tout en gardant une véritable exigence musicale. Une belle gageure..

« Jouer de la musique là où on ne le pense pas »

« Le piano Phoenix s’adapte à la réalité économique du monde de la musique classique. Les festivals proposent de plus en plus de concerts délocalisés. Ces lieux sont bien souvent dépourvus de piano. C’est une très belle idée de pouvoir jouer de la musique là où on ne le pense pas. Mais en concert, le public est bien souvent frustré de l’allure sobre de cet instrument numérique, qui ne répond pas au rêve du grand piano à queue. »
— Patrick Zygmanowski, professeur au CRR d’Aix-en-Provence

« Le Phoenix a amélioré ma vie de pianiste »

« Avec l’application, on peut préfigurer des pianos différents qui répondent aux exigences d’un programme soliste comme de la musique de chambre. On peut préparer son piano avec la couleur et la puissance adéquate, puis le mettre dans le coffre de sa voiture. J’ai adopté le Phoenix et il a amélioré ma vie de pianiste. »
— Valérie Guérin-Descouturelle, membre de la compagnie Musique à voir et concertiste

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