Europe : hausse de 50% du budget culture

Mathilde Blayo 17/12/2020

La Commission et le Parlement européen ont revu à la hausse le budget du programme “Europe Créative” qui sera pour la période 2021-2027 de 2,2 milliards d’euros. La Commissaire Mariya Gabriel, chargée de l’innovation, de la recherche, de la culture, de l’éducation et de la jeunesse, nous éclaire sur ces nouvelles dispositions européennes pour la culture.

Le budget d’Europe Creative connait une augmentation de 16 milliards pour 2021-2027. Une telle hausse du budget n’était pas attendue. Comment l’expliquez-vous ?

La culture en général et la musique en particulier constituent des éléments fondamentaux de notre ADN d’Européens. Or depuis le début de l’année, nous sommes affectés par une crise sans précédent, avec des conséquences dramatiques pour le monde de la culture. Au moment les plus difficiles de cette pandémie, en période de confinement notamment, des millions d’Européens se sont tournés, vers la musique, grâce au talent et à la créativité de nos artistes. Pour moi-même, la musique a été essentielle pour respirer, me ressourcer et aller de l’avant. Oui la musique est essentielle. Grâce aux artistes, les derniers mois ont été moins durs pour nous, alors que leur situation s’est dangereusement précarisée. Nous devions agir pour préserver cet environnement si précieux et en même temps si fragile.

Avant que cette crise ne se déclare, je m’étais déjà engagée pour une augmentation des moyens d’Europe Créative, le seul programme européen entièrement dédié aux secteurs culturels et créatifs. Avec cette crise, nous avons pris conscience qu’il fallait y mettre encore plus de moyens. Depuis mars, j’ai eu à cœur de rencontrer tous les représentants du secteur pour les écouter, recueillir des données sur les pertes engendrées. Nous avons créé une plate-forme à destination des États Membres pour qu’ils puissent partager leurs bonnes pratiques. Nous en avons aussi promu une autre : Creatives Unite, où tous les acteurs du secteur peuvent apporter leur contribution de manière concrète, avec des idées et propositions. Avec cette plate-forme nous avons organisé, avant l’été, un événement unique de par son ampleur : une conférence regroupant les institutions européennes et tout le secteur culturel et créatif. À cette occasion, j’ai publiquement proposé l’idée d’utiliser le Plan de Relance et d’en réserver un pourcentage pour le secteur culturel et créatif. C’est ainsi que nous avons obtenu une augmentation de 600 millions d’euros pour le nouveau programme Europe Créative 2021-2027. Pour vous donner une idée, ce budget a augmenté de 50% par rapport à la période actuelle. Nous arrivons donc à un budget total de 2,2 milliards d’euros. C’est sans précédent.

Quelle part du plan de relance européen revient à la culture ?

Ce Plan de Relance Européen est historique. Pour la première fois, nous avons, en plus du budget pluriannuel de l’Union européenne augmenté à 1 074,3 milliards d’euro, un instrument financier exceptionnel appelé « Next Generation EU ». Il s’élève à 750 milliards d’euros et sera attribué aux États membres sous forme de prêts et de subventions.
Tout en laissant une grande marge de manœuvre aux États membres, nous avons insisté pour que ces fonds exceptionnels financent en priorité l’innovation, la transition écologique, la santé et la relance économique, sans oublier la culture.
Le Parlement européen a, en septembre dernier, lancé un appel fort avec sa résolution sur la relance culturelle de l’Europe. Nous demandons ainsi de réserver au moins 2 % de la facilité pour la reprise et la résilience, aux secteurs de la culture et de la création.

Comment cette augmentation du budget sera-t-elle répartie entre les différents volets d’Europe Creative ?

Le programme Europe Créative est divisé en trois volets : le volet culture, le volet media ainsi qu’un volet transsectoriel. Il couvre tous les secteurs culturels et créatifs, y compris les secteurs de la musique et des arts vivants. Grâce à l’augmentation du budget du futur programme, ces trois volets se verront renforcés. Nous sommes d’ailleurs en ce moment en train de conclure les négociations avec le Parlement européen et le Conseil sur ce programme.
Au-delà du budget, certaines nouveautés apparaîtront : les financements seront plus accessibles, en particulier aux plus petites structures gravement fragilisées par la crise. Ainsi, nous allons augmenter notre taux de co-financement à 80% pour les projets de coopération « simples ». Certains secteurs recevront un soutien spécial comme la musique, le patrimoine, le secteur du livre.

En réponse aux demandes du secteur, nous avons aussi développé un mécanisme de soutien direct aux artistes et professionnels du secteur de la culture, dont le but est de leur offrir des bourses pour qu’ils puissent développer des projets en dehors de leurs frontières.
Il est par ailleurs important de souligner que le secteur pourra également bénéficier des possibilités de soutien offertes par d’autres programmes. Notamment Horizon Europe notre programme cadre de recherche et innovation au sein duquel pour la première fois un nouveau cluster culture va disposer d’un financement de 900 millions d’euros. À cela s’ajoute les synergies à établir avec l’institut européen de l’innovation et technologie avec lequel nous allons créer, en 2022, un nouveau kic (communauté d’innovation et de communication) dédié au secteur culturel et créatif. Aux enjeux multiples, nous apportons des solutions innovantes et diversifiées.

Quels sont les autres outils dont dispose l’Union pour aider la culture à surmonter la crise actuelle ?

Un des axes sur lesquels je suis en train de travailler est justement de forger des synergies entre tous les instruments que j’ai mentionnés. Ils sont essentiels à la stimulation de l’innovation et de la créativité européenne.
C’est d’ailleurs dans cet esprit que nous avons lancé un appel à candidature extraordinaire dans le cadre d’Erasmus: des partenariats pour la créativité, qui concernent les organisations dans les domaines de l’éducation formelle, informelle et non formelle, ainsi que celles des secteurs créatifs et culturels.
Je crois enfin que le secteur de la culture est essentiel à nos grandes initiatives politiques, comme le Green Deal. Il n’est pas contradictoire de penser environnement tout en y associant des projets culturels. Je sais qu’au sein du ministère de la Culture en France, cette réflexion existe déjà et je m’en félicite.
Je terminerai par ce qui générera aussi d’extraordinaires opportunités : le nouveau Bauhaus européen qui a été annoncé par la Présidente Ursula von der Leyen et sur lequel je suis fortement engagée. J’ai la conviction profonde que ce nouveau Bauhaus offrira des passerelles entre le monde de la science et de la technologie, et celui de l’art et de la culture. Je m’y emploierais personnellement, grâce à l’étendue de mon portefeuille de Commissaire européen.  L’Europe a besoin de la culture, comme la culture a besoin de l’Europe.

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