François Théry, violoniste et ingénieur du son

Suzanne Gervais 22/12/2020
La première fois qu’il s’est retrouvé dans l’ambiance feutrée d’un studio d’enregistrement, violon sur le dos, François Théry a immédiatement été attiré par le travail de l’ingénieur du son. « Je me suis dit : bon sang, on dirait un chef d’orchestre ! »
Quelques mois plus tard, il était engagé par un studio lillois et s’est formé sur le terrain, poco a poco. Musique de pub, doublage de film, concerts de chœur et d’orchestre, captations de concert d’orgue dans les églises flamandes : quand il finissait de donner ses cours aux conservatoires d’Arras, de Douai ou de Béthune, le violoniste mettait son casque et s’attelait au mixage.

« Tout était interdit ! »

François Théry a commencé le violon à cinq ans. Coup de foudre. « Grâce à un professeur d’une infinie gentillesse, ce que je n’ai plus retrouvé dans la suite de mes études musicales… » Le jeune violoniste termine son cursus lorsqu’il est au lycée, avec la bénédiction parentale pour… sécher les cours et travailler son violon. « Tant que j’avais mon bac… » À côté du violon, pas de place pour d’autres activités : « Tout était interdit ! Pas de tennis car mon professeur avait peur que cela raidisse mon bras droit, pas de basket, car je risquais de me fouler un doigt… » Après des études supérieures à Paris, François Théry intègre l’Orchestre national de Lille.
Et là, coup dur. « En entrant dans un orchestre, on entre dans une entreprise. C’est normal, mais je n’y étais pas préparé… J’y suis resté quatre ans… et le violon a doucement commencé à me dégoûter. J’aimais donner des cours, mais j’allais de moins en moins aux concerts, je travaillais avec difficulté. » C’est à cette époque qu’il met les pieds pour la première fois dans un studio. Et quelques années plus tard, avec plusieurs captations de concerts comme ingénieur du son pour France Télévisions à son actif, il est envoyé… en Corée du Nord.

Documentaire en Corée du Nord

« Pendant un mois, j’ai dirigé les enregistrements de tous les concerts des orchestres et chœurs du pays, en formant une poignée d’étudiants de Pyongyang à la prise de son. C’était très éprouvant. Je n’arrivais pas à éteindre la lumière pour aller me coucher, tellement j’étais terrorisé », se souvient le musicien. Pourtant, quelques mois plus tard, il obtient les autorisations pour réaliser un reportage et y retourne, avec la réalisatrice Barbara Necek, connue pour ses documentaires sur Arte. Sorti en 2010, leur film Le socialisme en chantant, qui présente quatre portraits de musiciens dans la dictature, sera diffusé dans quatorze pays. Un engagement particulièrement apprécié par ses collègues musiciens. Alice Courchay, altiste et amie, est présidente de l’orchestre amateur Ondes plurielles : « François met volontiers ses autres compétences – la vidéo, la captation sonore, la réalisation de shooting photo – au service de l’orchestre et du collectif. »
« Ces expériences m’ont permis de repenser totalement mon métier de violoniste. Je pouvais désormais y revenir… et m’y consacrer pleinement. » François Théry donne désormais des cours particuliers à Paris : « Je me suis fait une spécialité des gens qui ont entre 25 et 40 ans, qui ont arrêté le violon à cause des études, du boulot, et qui veulent reprendre. » Et à qui les conservatoires n’offrent pas beaucoup de possibilités. « J’ai toujours pris garde à ne pas donner l’image de quelqu’un qui papillonne, insiste François Théry. Si vous faites quelque-chose, faites-le à fond. Ou pas du tout. »

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