Chine : une méga puissance musicale

Antoine Pecqueur 04/01/2021

Il y a un an débutait à Wuhan la pandémie du Covid-19. Le prélude d’une crise sanitaire historique, dont l’impact économique et social risque de se faire encore davantage sentir en 2021.

En raison de sa politique autoritaire et des restrictions de libertés, la Chine a été l’un des premiers pays à mettre un terme à l’épidémie. Dès le mois de juin, les lieux culturels se sont ainsi mis à rouvrir.

Car Pékin n’entend pas freiner son développement culturel, notamment en matière de musique classique. Après avoir construit des salles de concert aux quatre coins du pays (on compte aujourd’hui environ 250 grands auditoriums programmant de la musique classique dans le pays), le régime accélère la création d’orchestres. Cinq nouvelles phalanges symphoniques apparaissent chaque année.

Le numéro que vous tenez entre les mains analyse cet essor, qui va de l’éducation au marché de la facture instrumentale. Depuis son arrivée au pouvoir en 2013, Xi Jinping accentue cette puissance culturelle, dans le cadre d’une diplomatie de plus en plus agressive. Ce n’est pas un hasard si, en Chine, le même conglomérat public, Poly, est leader à la fois en ventes d’armes et dans la construction d’équipements culturels. L’art est partie intégrante d’une stratégie à la fois politique, économique et idéologique.

La culture permet d’accompagner les projets emblématiques du régime, comme les nouvelles Routes de la soie. Pour mieux faire passer ses enjeux commerciaux gigantesques, la Chine crée tout au long de ces routes des alliances de salles de spectacles, d’universités… jusqu’en France. Rien de mieux que l’investissement artistique pour tenter de gommer l’image autoritaire d’un régime. L’empire du Milieu n’est pas seul à jouer cette carte, comme le montre dans ce numéro notre reportage en Turquie.

D’un point de vue financier, la Chine entend bien aussi prendre des parts de marché aux pays occidentaux. Tencent est devenu un géant mondial du streaming, et est même entré au capital d’Universal. Ne l’oublions pas : les Gafam (Google-Apple-Facebook-Amazon-Microsoft) américains ont leurs équivalents, les Batx (Baidu-Alibaba-Tencent-Xiaomi) chinois.

Et enfin, derrière la realpolitik, l’idéologie n’est jamais loin. C’est par la culture que la Chine met de côté les minorités, comme les Tibétains ou les Ouïghours. Pékin passe notamment par l’Unesco pour labelliser sous son nom des sites appartenant à ces populations… Le régime a aussi accordé la citoyenneté hongkongaise à des artistes chinois de premier plan, comme le pianiste Lang Lang, pour affirmer encore mieux sa mainmise sur l’ancienne colonie britannique.

On le voit : l’enjeu culturel est bien, comme l’écrit le chercheur Emmanuel Lincot un sharp (aiguisé) power, et non plus un innocent soft (doux) power. Face à cet essor chinois, il est donc plus que jamais crucial de défendre ici même notre liberté d’expression, d’autant plus au moment où celle-ci risque d’être mise à mal par des articles de loi sécuritaire.

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