A l’Est, le casse-tête des conservatoires

Mathilde Blayo 08/01/2021
Depuis le 2 janvier, 15 départements de l’est de la France sont placés sous couvre-feu à 18h. Un horaire qui a encore retardé le retour des élèves dans les établissements de la région. Une dizaine d’autres départements pourraient également être concernés à partir de la semaine prochaine.

Lundi 4 janvier, tous les élèves mineurs auraient pu retourner dans les conservatoires et retrouver camarades et professeurs. Mais pour 15 départements de l’est de la France, c’était sans compter sur un nouveau couvre-feu à 18h. Avec des journées scolaires finissant en fin d’après-midi, il était difficile de retourner au conservatoire après les cours. « Pour cette semaine, tous les cours en présentiel s’arrêtaient à 17h30 et continuaient ensuite en distanciel », explique Robert Llorca, directeur du conservatoire du Grand Chalon. Un maximum de cours ont été décalés au samedi pour compenser la fermeture à 18h.

« un enseignant commence à 7h30 »

De même, au conservatoire intercommunal du Haut-Jura, « les plannings de formation musicale ont été réorganisés entre mercredi et samedi pour permettre à tous les élèves d’avoir au moins un cours en présentiel », nous dit Line Capelli, la directrice. « Dès qu’un collégien fini plus tôt ou qu’il arrive très tôt le matin devant les grilles de son établissement, les professeurs utilisent ces créneaux. Un enseignant commence ainsi à 7h30 ! ». Le CRI est divisé en trois lieux d’enseignement, entrainant des temps de trajet importants pour les professeurs. « Notre but est vraiment que tous les élèves puissent reprendre les cours individuels, alors s’il le faut nous réduisons la durée des cours. Il est essentiel pour nous que les plus jeunes retrouvent leur professeur car, s’ils décrochent, nous aurons une réelle perte d’élèves dans les années à venir », rappelle Line Capelli.

Les dérogations

Les élèves du CRI du Haut-Jura ne peuvent pas avoir de dérogation pour aller en cours après 18h. La préfecture, qui donne les conditions d’une dérogation, n’a donné la possibilité qu’aux « groupes scolaires et périscolaires de continuer leur activité après le couvre-feu. Or nous sommes considérés comme de l’extra-scolaire, rapporte Line Capelli. Nous aurions aimé que le Ministère de la Culture informe les préfets de la nature de nos structures, il faut que notre statut soit clarifié : nous sommes des structures d’enseignement. »

D’autant que, magie de l’arbitraire, dans un département voisin, la préfecture locale permet une dérogation pour tous les élèves du conservatoire de Nancy. Si cette semaine l’établissement a dû fermer ses portes à 18h, dès lundi 11 janvier, la quasi totalité des élèves pourront aller en cours au-delà du couvre-feu. « Nous avons pris le temps d’étudier les textes de manière approfondie, appuyés par le service juridique de la collectivité et en demandant des compléments à la préfecture, raconte Olivier Perin, directeur du CRR. C’était un casse tête de démêler qui, selon des statuts particuliers, pourrait ou pas bénéficier de la dérogation. Nous avons ainsi pu établir que nos élèves majeurs qui sont en musicologie à l’université et suivent des cours au conservatoire sont autorisés à venir car ils suivent une formation diplômante. » Seuls une quarantaine d’élèves sur 1500 ne pourront pas revenir au conservatoire : les élèves majeurs et tous les élèves en chant lyrique pour les cours de pratique. Pour le directeur, « c’est un moindre mal. Nous sommes contents de pouvoir retrouver la grande majorité de nos élèves qui étaient déjà radieux cette semaine. »

Au conservatoire du Grand Chalon également, dès lundi tous les élèves autorisés à venir pourront avoir cours après 18h. « J’ai fait préparer 2000 attestations pour qu’élèves et professeurs puissent se déplacer », rapporte Robert Llorca qui évoque malgré tout la tristesse des élèves majeurs, notamment de beaucoup d’adultes retraités privés depuis des mois d’activité artistique.

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