Le vaccin pour « sauver l’esprit de la scène »

Mathilde Blayo 12/01/2021

200 personnalités de la culture ont signé un appel en faveur de la vaccination. Parmi elles, le compositeur Michaël Levinas qui nous explique pourquoi il a rejoint cet appel.

« Pour faire un pas décisif dans la maîtrise de la pandémie et ce, sans aucune hésitation, nous nous engageons à nous faire vacciner dès que cela sera possible. » C’est le court texte de cet appel que vous avez décidé de signer. Pourquoi cela était-il important pour vous ?

À entendre les pouvoirs publics dans le monde entier, il semble que le vaccin est notre seul espoir pour sortir de cette pandémie. Signer cet appel était alors pour moi un geste positif, un geste d’espoir pour sauver un des fondements de l’esprit de la scène : la relation au public et à l’espace. Ce que j’appelle l’esprit d’Epidaure. Les œuvres de notre civilisation sont des œuvres qui s’adressent au public, à l’espace. En souhaitant le retour de la vie culturelle, ce n’est pas seulement pour l’artiste malheureux, seul chez lui privé de concert – il faut reconnaître que, sur ce point, nous sommes favorisés en France, le gouvernement fait des efforts fondamentaux pour la culture – mais c’est aussi parce que l’œuvre que nous avons construite toute notre vie est faite pour le public. C’est pour ce qui fait notre culture que je signe cet appel. 

Est-ce une façon de « montrer l’exemple », alors qu’une part importante de la population française dit ne pas vouloir se faire vacciner ?

Le milieu médical est, sans discussion, favorable au vaccin. Je crois que nous sommes à un moment où il faut savoir choisir entre deux risques. C’est un choix et c’est aussi un acte de confiance dans la science.

Je salue le fait que, dans ce bouleversement de civilisation, la science et la technique nous ont aussi permis de sauver quelque chose culturellement. Nous avons des outils de communication qui nous font traverser une partie de cette épreuve. Mais il faut se rappeler que le fondement de la culture et de nos œuvres se situe dans l’adresse au public, dans l’espace et dans cette forme de communion, d’émotion artistique partagée.

La ministre de la Culture ne s’est pas montrée fermée à l’idée de soumettre l’entrée des spectateurs dans certaines salles à un test Covid négatif. Qu’en pensez-vous ? Seriez-vous favorable à un passeport vaccinal ?

Je ne suis pas d’emblée favorable à une telle solution. Tout ce qui est de l’ordre d’une ségrégation est contre la conception que j’ai de l’humain. Dans mon histoire, j’ai trop connu ce que sont les portes fermées pour en accepter aujourd’hui. J’ai espoir qu’on pourra éviter cela.  

Parmi les signataires de cet appel, on retrouve très peu de nom de la musique classique. Pourquoi d’après-vous ?

C’est un constat que je fais depuis le début de la pandémie. La voix des musiciens, qui existe pourtant, est moins sonore que celle des personnalités du cinéma ou du théâtre. Je ne sais pas pourquoi. Les musiciens se sentent peut-être moins homme de spectacle que les autres. Mais je ne crois pas que cela témoigne d’un problème ou d’une différence dans le rôle que tient la musique dans la culture. J’invite mes collègues musiciens à me rejoindre. 

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