Covid-19 : les collectivités montent au créneau

Alors que les variants du Covid aggravent la situation sanitaire, le ministère de la Culture ne donne aucun calendrier pour la réouverture des lieux culturels. Mais de leur côté, les collectivités territoriales sont de plus en plus nombreuses à se mobiliser pour le secteur, en réfléchissant à des protocoles spécifiques. État des lieux.

Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine, met en place un groupe de travail pour la réouverture des lieux culturels. Une demande portée par de plus en plus de collectivités territoriales, alors que le ministère de la Culture n’envisage, lui, aucun calendrier précis.

Quel regard portez-vous sur la situation du monde culturel dans la crise sanitaire ?

Alain Rousset : Je constate chez mes concitoyens une forme de résilience qui me fait peur. Les études que nous avons menées à l’échelle de la région, notamment sur les étudiants ou le personnel hospitalier, révèlent une montée de l’isolement, d’un sentiment de plus en plus fort d’inquiétude. On retrouve chez les acteurs culturels ce mélange d’anxiété et de résilience. Ce secteur est en grande souffrance. Il faut à tout prix maintenir la création.

Quel rôle peuvent jouer les régions dans ce domaine ?

A R : Les régions ont la compétence en matière d’économie créative. Nous avons gardé et même amplifié notre compétence culturelle. Il y a sur le territoire des agences régionales en charge de ce domaine, comme chez nous l’Office artistique de la région Nouvelle-Aquitaine. Aujourd’hui, la fermeture des lieux culturels participe à ce sentiment d’atteinte aux libertés que ressentent un grand nombre de Français.

Comment permettre la réouverture des lieux culturels ?

A R : J’ai décidé la mise en place d’un groupe de travail sur le sujet, réunissant toutes les filières du secteur culturel. Ce groupe est accompagné par le conseil scientifique de la région, dans lequel sont présents non seulement des épidémiologistes et des médecins mais aussi des économistes, des sociologues et des usagers. Nous avons aussi l’appui très important de l’Itemm1. L’objectif est de trouver les meilleures conditions pour une réouverture des lieux tout en respectant les protocoles sanitaires. Nous entrons dans les détails : les flux de personnes, le renouvellement de l’air, les poignées des portes… Il y a un outil très pertinent, intitulé Oira, qui permet une évaluation des risques. Le but est d’arriver à assainir les salles.

Outre votre initiative, on voit aussi de plus en plus de mairies, de Lyon à Bourges, envisager une reprise des activités culturelles. Les collectivités territoriales sont en train de reprendre la main sur ce sujet au ministère de la Culture…

A R : Dans la crise, le réveil des collectivités s’est d’abord fait à bas bruit, par exemple quand les régions ont acheté les masques pour les Ehpad. On est disponibles et on le dit à l’État, certains le font même un peu agressivement ! Dans notre pays excessivement centralisé, il y a une sous-utilisation des pouvoirs publics territoriaux. Or le diable est dans les détails : et c’est nous sur le terrain qui le constatons. Ce qui est intéressant dans un modèle décentralisé, c’est que les initiatives des uns deviennent la politique des autres. Cela ne marche jamais quand ça reste en silo.

Une loi vient d’être adoptée en Autriche permettant au gouvernement de rendre obligatoire la présentation d’un test Covid négatif avant d’accéder à un événement culturel. Qu’en pensez-vous ?

A R : Je vois cela favorablement. Cela ne me choque pas du tout dans la période actuelle, où les variants arrivent en nombre. Le problème, c’est que nous n’arrivons pas à massifier les tests PCR. Nous le constatons aussi avec l’Éducation nationale. Il faut trouver des technologies plus rapides pour obtenir des tests probants en une minute. Nous devons assouplir les dispositifs pour la réouverture des lieux culturels.

Comment votre engagement se traduit-il budgétairement en direction de la culture ?

A R : Nous avons sanctuarisé le budget culture de la région. Et nous avons décidé de poursuivre nos subventions aux associations même sans service fait. Car, sinon, ce sont des structures qui risquent de disparaître, et en grand nombre. Je suis aujourd’hui profondément inquiet pour les professionnels de la culture.

1. Institut technologique européen des métiers de la musique. Basée au Mans, cette structure est à la fois une école et un centre de ressources.

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