Peut-on être sourd et entendre de la musique ?

Chers amis musiciens, vous pouvez être rassurés, à la différence des peintres, le vieillissement n’altèrera que peu les plaisirs de votre art !

Il y a quelques jours, rentrant de vacances en voiture, j’écoutais une émission de radio dans laquelle un musicien partageait ses expériences avec les maîtres qui avaient marqué la progression de sa pratique instrumentale. Je fus soudainement interpellé par une phrase de l’artiste, dans laquelle je crus percevoir une petite pointe de cynisme : « Il était à cette époque déjà très vieux, très sourd, mais pas pour la musique et les fausses notes ! », laissant (peut-être ?) sous-entendre que, s’il ne comprenait pas les paroles mais distinguait bien les imperfections musicales, sa surdité pouvait être en partie feinte.

Mais qu’en est-il plus précisément ? Peut-on “être sourd” et entendre de la musique ?

Les aigus

Il faut d’abord préciser quelques notions, notamment la notion d’aigu, qui est relative.

Pour un musicien, l’aigu se termine globalement vers 4 000 Herz (1 Hz est égal à une vibration par seconde). Seuls la harpe et l’orgue peuvent monter jusqu’à 7 000 Hz. Le piccolo ne dépasse guère 4 000 Hz.

Pour un ORL, les aigus correspondent à des sons compris entre  4 000 et  8 000 Hz et sont explorés en routine chez les patients. Ces fréquences sont importantes pour la compréhension de certains phonèmes comme par exemple discerner les sons « f » des sons « s ».

On peut considérer qu’une oreille d’enfant entend des sons jusqu’à 20 000 Hz. Ces sons au-dessus de 10 000 Hz sont progressivement perdus durant l’enfance.

Mais les musiciens, les ORL et les physiologistes n’ont donc pas la même définition des aigus.

L’âge adulte avançant, ces fréquences de 4000 à 8000 Hz sont progressivement moins bien entendues, ce qui altère la compréhension de certains phonèmes, donc de la parole. Cela se nomme la presbyacousie, ou surdité liée à l’âge. Elle s’accompagne souvent d’un « effet cocktail » (nommé en référence à l’ambiance sonore d’une cocktail party) : le sujet a de grandes difficultés de compréhension dans le bruit comme dans le brouhaha d’une réception mondaine.

La fréquence des harmoniques

Par ailleurs, les fréquences musicales (tout au moins les fréquences fondamentales (tout au moins les fréquences fondamentales,

Même au-delà de la musique, les oreilles vieillissantes entendront correctement le claquement sourd de la porte de la cave, parfois aussi bien qu’une oreille jeune, et pourront garder la compréhension lors d’un dialogue dans le calme, mais se transformeront en professeur Tournesol dès lors qu’il y aura le moindre bruit autour. Il n’y a pas lieu, dans ces conditions, de mettre en doute l’honnêteté des troubles de l’audition de vos aïeux, prétextant un concept erroné « d’oreille sélective », mais bien de comprendre ce que la biophysique et la physiologie du vieillissement nous apprennent.

Ainsi le vieux professeur de notre artiste n’était sans doute pas de mauvaise foi, il pouvait sans aucun doute avoir des difficultés de compréhension du langage et garder une ouïe fine pour la musique, même si l’on peut éventuellement évoquer une petite perte dans la perception de la finesse des timbres.

Chers amis musiciens, vous pouvez être rassurés, à la différence des peintres, le vieillissement n’altèrera que peu les plaisirs de votre art !

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