Isaac Rodriguez : clarinettiste et pâtissier

Flore Caron 27/01/2021

Il y a dix ans, Isaac Rodriguez a fait la rencontre de la pâtisserie : une discipline altruiste et rigoureuse, à son image, qu’il pratique désormais à haut niveau.

Isaac Rodriguez est un homme qui croque la vie à pleines dents. Constamment à la recherche de nouvelles saveurs, le clarinettiste de 42  ans aime toucher à tout et migrer d’un orchestre à l’autre. « C’est important pour moi d’être entouré de nouvelles personnes tout le temps. Ça me nourrit », résume le musicien qui a presque abandonné sa vie de soliste, préférant jouer avec ses pairs plutôt qu’au-devant de la scène. Bon vivant, Isaac n’hésite pas à embarquer ses acolytes avec lui. « C’est quelqu’un d’extraverti, s’amuse Giulia Barbini, sa collègue flûtiste et amie de longue date. Il est toujours le premier à ramener à boire et à manger. Lors de notre dernière session d’orchestre en Russie, il est arrivé avec une valise à moitié remplie de nourriture ! »

Discipline altruiste et rigoureuse

Il y a dix ans, le musicien a fait la rencontre de la pâtisserie : une discipline altruiste et rigoureuse, à son image, qu’il pratique désormais à haut niveau. Un simple coup d’œil jeté à son compte Instagram suffit à en avoir l’eau à la bouche. « La musique et la pâtisserie se ressemblent beaucoup, considère-t-il. Il faut travailler avec minutie, passer beaucoup de temps tout seul, bien maîtriser les gestes. Et ensuite, il y a le moment du partage. C’est un moment plus court, plus concentré mais qui me remplit de joie. » Le quadragénaire avait même passé la première phase de sélection pour participer à la dernière saison du Meilleur pâtissier sur M6.

« Ils étaient très intéressés par mon profil », raconte-t-il. Mais il a finalement renoncé au dernier moment, se refusant de délaisser ses élèves du Conservatoire de Barcelone pendant plusieurs mois.

Maîtrise de la langue française

C’est à l’âge de 10  ans qu’Isaac commence la musique au Conservatoire de Badalona, près de Barcelone, où il a grandi. Neuf ans plus tard, il fait le choix d’aller se perfectionner en France auprès de Michel Lethiec au Conservatoire de Nice. Mais parlant à peine la langue, le jeune clarinettiste qu’il est alors peine à s’intégrer. « J’étais absolument seul, se souvient-il. Donc je passais mes journées à travailler ma clarinette, même quand je n’en avais pas envie. » Pourtant, il n’a pas gardé de cette période une aversion pour la France, bien au contraire : aujourd’hui il collabore régulièrement avec des ensembles français comme les Musiciens du Louvre, les Dissonances et l’Orchestre des Champs-Elysées. C’est d’ailleurs en voulant parfaire sa maîtrise de la langue de Molière qu’Isaac s’est épris de pâtisserie. Alors qu’il regardait des vidéos YouTube en vue d’enrichir son vocabulaire, il est tombé sur la chaîne de la blogueuse Mercotte. « Elle expliquait comment faire des macarons, se souvient-il. J’ai trouvé ça drôle. Et puis à force de regarder, je me suis dit que j’allais essayer de m’y mettre. » Depuis, dès qu’il rentre chez lui, à Barcelone, le musicien troque la clarinette contre la spatule et se lance dans des préparations plus appétissantes les unes que les autres. Et quand il s’agit de se mettre en cuisine, Isaac fait la fine bouche. Il a, comme en musique, le sens de la perfection. « Au moment de goûter le gâteau, les gens me disent souvent : “c’est incroyable !” Mais moi, je vois ce que je pourrais améliorer. » Toutefois, rigueur ne rime pas avec rigidité. À en croire son amie Giulia, Isaac ne manque pas de fantaisie. « Ce que j’aime chez lui, tant dans la musique que dans la pâtisserie, c’est son inventivité. À l’orchestre, il a une musicalité extraordinaire et dans la cuisine, il fait des combinaisons inattendues qui fonctionnent à tous les coups. Même dans la précision, il arrive toujours à être créatif. »

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