Gérer son travail

La question

Quand je commence un nouveau programme je me sens perdu devant la masse de travail, comment gérer cette sensation ?
Luc, violoncelliste, 19  ans.

La réponse

Tout commence par une écoute : à un concert, chez un ami, à la radio. Une écoute parfois non-programmée, qui nous surprend et nous donne envie d’ouvrir la partition. Parfois, cette écoute peut être imposée, notamment dans certains concours. Si elle est très souvent le point de départ de notre travail, elle peut être tout aussi motivante qu’angoissante, tout aussi inspirante que stressante. Il n’est donc pas rare d’être paniqué lorsque nous sommes confrontés à la réalité de la partition.

Travailler un programme : une guerre de sentiments

Tout le long de son travail, le musicien peut ressentir différentes sensations.

La peur : face à une nouvelle pièce un ensemble de doutes nous traverse. La nouveauté nous sort de notre zone de confort nous mettant face à de nouveaux défis, de nouvelles difficultés techniques. À cela s’ajoute très souvent le besoin de se rassurer, de se prouver « que l’on est capable de ».

L’angoisse du temps qui passe : très fréquente lors de concours à pièces imposées, mais aussi à mesure que l’échéance se rapproche.

La charge de travail paraît de plus en plus importante. Le musicien a le sentiment d’avoir de plus en plus de choses à travailler : plus il travaille, plus il perçoit des zones à améliorer.

L’impatience et l’envie de jouer son programme au plus vite : motivé, curieux de découvrir un nouveau répertoire, inspiré, le musicien peut aussi avoir l’impression de ne travailler qu’une petite partie de son programme ou qu’un aspect et de ne pas avancer suffisamment.

Quelles sont les conséquences ?

Submergé par ces différentes émotions, le cerveau se sent déboussolé, perdu, démotivé : il ne peut pas agir avec clairvoyance et efficacité :

- Le travail n’est pas aussi efficace qu’il pourrait l’être.

- Le but (pouvoir exécuter son programme) est confondu avec les objectifs de travail.

- Le musicien procrastine en repoussant le moment « où il va s’y mettre ».

- Le programme n’est pas prêt pour l’échéance engendrant une angoisse de la scène.

Que pouvons-nous mettre en place ?

Une fois le stade de déchiffrage dépassé, définir ce que l’on veut obtenir dans ce programme : est-ce un programme de concours ? Pour un concert proche ? Lointain ? Allez-vous jouer ce programme par cœur ? Qu’avez-vous envie de transmettre à travers cette œuvre ?

Appliquer la règle des « petits pas ». Définissez plusieurs objectifs vous permettant d’atteindre votre but. Ces différents objectifs peuvent définir votre plan de travail. En décomposant votre travail, vos séances à l’instrument seront mieux organisées, votre impression de « masse de travail » sera remplacée par de meilleurs résultats.

Dans certains cas, ce plan de travail peut aussi s’inscrire dans un planning avec des dates ou périodes définies : notamment lorsqu’une échéance est programmée. Que serez-vous capable de faire dans une semaine ? Dans un mois ? À J -7 du concert ? En fonctionnant sur la base du rétroplanning, vous pouvez plus aisément mesurer votre progression.

Repérez et commencez par le plus difficile : ces passages qui vont vous demander de sortir de votre zone de confort. Vous éviterez ainsi le risque de ne plus avoir le temps ou l’énergie pour vous attaquer aux passages plus complexes. Osez vous confronter à vos peurs, vos doutes : le temps va vous permettre de vous organiser.

La meilleure façon de travailler restera toujours la vôtre : celle que vous aurez testée, celle qui aura su faire ses preuves. Elle évolue en même temps que votre carrière, d’où l’importance de la réajuster régulièrement. Il est impossible de tout contrôler. Parfois, se laisser surprendre peut nous permettre d’être plus créatif… C’est peut-être cela notre objectif final ?

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