Musique et religion : la pédagogie comme espace de dialogue

Dans les conservatoires, professeurs et directeurs peuvent être confrontés aux différences culturelles, notamment religieuses. Pour assurer un enseignement de qualité et garantir l’égalité entre tous les élèves, leur principale arme est le dialogue.
Au Conservatoire de Taverny, les professeurs se retrouvent tous les mois en réunion pédagogique.
À ce moment-là, « les questions religieuses sont évoquées naturellement, si nécessaire », assure Philippe Dalarun, directeur de l’établissement. Tout le corps enseignant est sensibilisé au sujet. « Notre conservatoire brasse des cultures différentes. Nous veillons donc à diversifier le répertoire, des requiems à la musique extra-européenne, et les professeurs prennent le temps de recontextualiser chaque œuvre. »
Et lorsque Philippe Dalarun tente de se remémorer les problèmes qu’il a pu rencontrer, ils restent très marginaux : « Il y a quelques années des parents de confession musulmane ont refusé que leurs enfants participent à un concert dans une église, pour les cérémonies du 11  novembre et du 8  mai. » La solution est alors rapidement trouvée : cela se fait désormais sur la base du volontariat. « L’art est un plaisir avant tout. Chacun doit rester ouvert et à l’écoute. »

« Pourquoi on chante en latin ? »

À Aubervilliers, Marie Joubinaux est cheffe de chœur au Conservatoire à Rayonnement Régional (CRR93), où elle coordonne également les partenariats éducatifs. Pour cette professeure, « le projet artistique doit être au cœur de l’apprentissage ». Cela passe notamment par la démystification des chants religieux mais aussi par l’établissement de vrais liens de confiance avec les élèves. Une anecdote lui revient : « Un jour un élève musulman m’a demandé pourquoi on chantait en latin. Je lui ai alors tout simplement répondu d’amener un texte en arabe la prochaine fois pour qu’on le chante tous ensemble. L’essentiel c’est de leur faire aimer la musique en dehors de tout contexte religieux. Quand on y arrive, on les emmène où on veut et c’est formidable. » En plus de travailler au Conservatoire, Marie Joubinaux est également cheffe associée du chœur d’enfants de l’Orchestre de Paris. Là aussi le dialogue est primordial. Lorsque les choristes se produisent dans une église, la question ne se pose pas. Et pour preuve : « Il y a quelques années on a collaboré avec un chœur palestinien pour une représentation à l’église d’Aubervilliers. Les Palestiniennes ont gardé leur voile et mes élèves l’ont tout simplement enlevé. Pas une seule ne m’a posé la question : pourquoi elles et pas moi ? On était tous là pour faire de la musique ensemble et de la musique uniquement. »
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