Deux messes et un Requiem

Alain Pâris 28/01/2021
Soucieux de répondre aux besoins des chorales, les éditeurs proposent régulièrement de nouvelles versions des grandes œuvres religieuses.
Weber avait été engagé comme maître de chapelle à la cour de Dresde pour y développer l’opéra allemand. Mais son cahier des charges n’excluait pas des contributions au répertoire religieux. C’est probablement pour affirmer cette polyvalence qu’il mit en veilleuse la composition du Freischütz pendant deux mois (1818) pour écrire la première de ses deux messes, sous-titrée « Freischütz-Messe ». Malgré le succès qu’elle connut, elle ne donna lieu à aucune édition après celle de Richault de 1880. Grâce à l’éditeur allemand Carus, voici enfin un urtext, signé Karin Wollschläger ; référence aux sources, bien entendu, avec en outre l’offertoire « Gloria et honore », qui ne figurait pas dans les deux premières éditions, Haslinger et Richault. Cet offertoire est un air brillant pour soprano, dont les motifs sont apparentés à ceux du Freischütz. Les critiques de l’époque reprochèrent à Weber d’avoir écrit une messe trop proche du style de l’opéra. Il n’était pas le premier… ni le dernier. Détail intéressant, Weber avait limité au maximum les modulations trop rapides à cause de l’acoustique de l’église de la cour, très réverbérante.
Contrairement à Weber, Bruckner avait une relation privilégiée avec la musique religieuse, étant lui-même organiste d’église. Sa deuxième messe en mi mineur est destinée à un double chœur, soutenu par un ensemble à vent avec de larges plages a capella. Comme la plupart de ses œuvres, elle a connu plusieurs versions au fil des remaniements successifs. Si la Bruckner-Gesellschaft de Vienne a publié les différents états, c’est la seconde version (1882) qui est régulièrement exécutée. Deux éditions urtext un peu anciennes (MWV et Peters) se partageaient le marché en attendant la nouvelle édition monumentale MWV. Carus a, fort à propos, profité de cette expectative en publiant son propre urtext réalisé par Dagmar Glüxam qui a eu accès pour la première fois à des parties conservées au monastère de Saint-Florian et à la cathédrale de Linz. Les différences ne sont pas fondamentales, parlons plutôt de précisions, mais c’est le but de la musicologie. Plus importante, la lisibilité s’impose avec un commentaire critique inclus dans le même volume.

Autre édition monumentale, celle des œuvres de Brahms coproduite par Henle et Breitkopf : voici venir Un requiem allemand préparé par Michael Musgrave et Michael Struck. En attendant le fort volume relié avec appareil critique complet de Henle, ce requiem paraît sous trois formes différentes chez Breitkopf : conducteur grand format (avec matériel), version réduite avec deux pianos et timbales, et piano-chant dans la réduction de Brahms lui-même. Les sources sont très nombreuses, ce qui justifiait un nouveau regard, d’abord pour corriger les fautes provenant d’erreurs de lecture reproduites à chaque édition, mais aussi une présentation qui informe l’interprète en cas de doute, sans lui dicter un choix absolu. L’arrangement avec deux pianos et timbales est celui de Heinrich Poos qui remonte à 1978. L’engouement récent qu’a connu cette version réduite a poussé Breitkopf à en proposer une édition moderne compatible avec le nouveau piano-chant.
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