Covid-19 : La danse finalement interdite pour les mineurs

Mathilde Blayo 19/02/2021

Suite à un nouveau décret paru jeudi 18 février, les conservatoires ne peuvent plus recevoir les élèves mineurs en danse. Une décision qui fait réagir Bruno Mantovani, directeur du CRR de Saint-Maur-des-Fossés. Entretien.

Que dit ce nouveau décret ?

Il concerne uniquement la danse. Il interdit la danse à tous les premiers cycles mineurs et les deuxièmes cycles mineurs, sauf s’ils sont en horaire aménagé. Concrètement, on dira à un jeune de 14 ans en classe à horaire aménagé, ’toi tu peux venir’, parce qu’on considère que la CHAD suit une logique de professionnalisation, et à son copain qui n’est pas en horaire aménagé mais qui a bien pour objectif de devenir professionnel, on lui dira qu’il ne peut pas. Est-il plus contagieux ? Jusqu’ici les cours de danse se passaient dans le respect des protocoles : on ne danse pas dans les conservatoires comme avant le Covid. Nous avons mis en place des protocoles beaucoup plus stricts que ce que recommande le ministère. Chaque élève a un morceau de barre, qu’il nettoie après les exercices, chacun à son propre tapis. Les salles sont aérées entre chaque cours, les mouvements dans les vestiaires sont régulés et nous avons annexées d’autres salles pour les étendre. Il y a un nombre limité de danseur sur scène, espacés de plusieurs mètres...

Quels sont les problèmes que pose cette interdiction ?

Il y a cette distinction avec les élèves des CHAD qui ne repose sur rien. Il faut voir aussi la difficulté en danse de faire des cours en visio. Les professeurs et les élèves ont été remarquables quand il a fallu le faire mais c’est particulièrement compliqué. Les enfants n’ont pas forcément l’espace chez eux, ils n’ont pas de barres, pas de sol adapté, les professeurs ne peuvent pas corriger les postures. C’est même dangereux d’avoir des enfants qui travaillent seuls car ils peuvent prendre des risques physiques importants. Or, en danse, 7, 9 ans, se sont des âges très importants, ceux où on progresse le plus. Leur empêcher d’avoir cours en présentiel, c’est sacrifier une génération de danseurs. Il y a dans mon CRR des enfants très jeunes qui ont le potentiel pour rentrer à l’école de l’Opéra de Paris : si je suis le texte, ils n’auraient même pas le droit de venir se filmer dans la grande salle pour l’audition. Pourquoi tout à coup on leur coupe les ailes ? Là ils sont en vacances, mais je vais devoir leur dire que dans dix jours ils resteront à la maison, et je ne saurai même pas leur expliquer pourquoi ! Il y aura des dégâts psychologiques chez ces enfants. 
Du reste, pourquoi une pratique qui est acceptée pendant des mois devient tout à coup dénoncée et interdite ? On ne nous amène aucun élément tangible pour justifier cette interdiction.

Quel sentiment général avez-vous face à la façon dont le ministère gère les conservatoires dans cette crise ?

Je suis choqué par l’absence de concertation : on a reçu un mail et c’est tout. Qui sont les experts qui donnent cet avis ? Est-ce qu’on pourrait être consultés ? On ne peut pas changer les choses comme cela du jour au lendemain. Ce nouveau décret est irrationnel et ce sont les collectivités locales et les établissements qui en assument les conséquences et trouvent des solutions. Il faut qu’on nous fasse confiance : on connaît notre métier, on ne veut pas prendre de risque. Tout cela pose de vraies questions de gestion des politiques publiques. Est-ce qu’on doit faire payer l’année aux élèves qui n’auront pas eu l’année en présentiel ? Ceci aura de réelles conséquences financières pour les collectivités et les conservatoires et je n’ai pas entendu le ministère parler d’une compensation pour ces remboursements. Ils nous mettent dans des situations qui ne les concernent pas, pour des effets d’annonce. Mais laissez nous travailler.

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