Des inégalités alarmantes

Antoine Pecqueur 25/02/2021
Un simple retour à la normale n’est pas suffisant pour le secteur musical, il faut impérativement profiter de cette crise pour lui offrir un nouveau départ. Réinventer la culture pour réinventer le monde.
À l’heure où nous bouclons ces lignes, l’avenir reste encore extrêmement flou pour le secteur culturel. La reprise de l’activité risque de se faire par paliers successifs, en commençant par les musées. Les salles de concert viendront dans un second temps – la musique classique devrait être favorisée par rapport aux musiques actuelles et aux concerts “debout”.
Ce que l’on sait par contre déjà, c’est que cette crise sanitaire est une crise économique d’une violence extrême pour le secteur. Premier dommage collatéral : l’emploi, auquel nous avons choisi de consacrer le thème de ce numéro. Le sociologue Olivier Alexandre rappelle à raison chez nos confrères de "Mediapart" que « la culture est le secteur le plus touché après l’aéronautique ». Mais il n’est pas touché de la même manière selon les domaines.
Les musiciens des orchestres permanents, même si l’activité est arrêtée ou considérablement réduite, continuent de percevoir leur salaire. On ne peut que s’en féliciter et en profiter pour rappeler que le soutien public est un facteur majeur de stabilité pour l’offre culturelle.
Aux États-Unis, les salaires des musiciens d’orchestre sont actuellement réduits drastiquement, car ces institutions vivent grâce aux recettes propres et à la philanthropie, gravement impactées par la crise.
Mais même sans aller outre-Atlantique, des artistes français sont aujourd’hui confrontés à de graves difficultés économiques. Souvent perçus comme privilégiés aux yeux de l’opinion, les intermittents du spectacle voient, pour une grande partie d’entre eux, leurs revenus divisés par deux. Car l’année blanche ne remplace pas les pertes de cachets. Et trop peu d’artistes bénéficient de l’activité partielle, à laquelle ils ont pourtant droit.
La situation est encore bien plus dramatique pour ceux qui n’ont pas fait assez d’heures pour entrer dans l’intermittence avant la pandémie. Ils disposent aujourd’hui de très peu d’aides et voient surtout leur avenir chaque jour s’assombrir encore plus. Car après la crise, comment intégrer le régime, d’autant que l’on va assister à un effet de goulot d’étranglement ? La loi de l’offre et de la demande risque d’être d’une violence implacable.
Quant aux étudiants, ceux des conservatoires vivent la même situation de précarité que leurs camarades des universités. Avant même d’imaginer la possibilité de monter sur scène, ils se battent simplement pour pouvoir chaque jour se nourrir. On ne s’étonnera donc pas de voir de plus en plus de projets de reconversion. En Grande-Bretagne, un tiers des musiciens dit songer à changer de métier.
Il est donc urgent de repenser le modus operandi du secteur culturel. La sortie de crise ne pourra se faire sans remettre à plat une partie de son fonctionnement au risque sinon d’aggraver encore plus les inégalités. Peut-on tolérer que des chefs d’orchestre soient payés par l’argent public des centaines de milliers d’euros par an quand, au même moment, des jeunes musiciens ont quelques euros par jour pour (sur) vivre ? Un simple retour à la normale n’est pas suffisant pour le secteur, il faut impérativement profiter de cette crise pour lui offrir un nouveau départ. Réinventer la culture pour réinventer le monde
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