La neuropsychologie du « C’est pas mal… »

Ce que la neuropsychologie nous apprend, c’est que l’on obtient de meilleurs résultats de pédagogie ou de communication en utilisant des mots positifs, en privilégiant la motivation.
Le corps médical a encore beaucoup de progrès à faire pour s’améliorer dans la manière de s’adresser aux patients. Il y a quelques années, j’ai eu la chance de me former à l’hypnose et à la communication médicale. Depuis ces formations, je fais la chasse auprès de mes étudiants aux phrases de type « ça ne va pas vous faire mal » ou encore « c’est pas mal ». En effet, lorsque l’on vous dit avant de vous mettre une perfusion « cela ne va pas vous faire mal », vous allez immédiatement penser à lutter contre la douleur.
Pourquoi ? Parce que l’utilisation des négations et des mots à connotation négative, le tout avec un sujet impersonnel, viennent activer les centres de la peur, de l’anxiété et du stress comme l’amygdale cérébrale qui fait partie du système limbique, le circuit de régulation des émotions.
On pourrait faire un parallèle (grossier) avec la situation où une personne vient vous dire « tu n’as pas de poux, ce n’est pas la peine de te gratter », ce qui va induire un grattage dans les secondes qui suivent.

Cours distanciés

Lors des précédents mois, les tristes conditions d’enseignement de la musique et du cursus scolaire ont nécessité tous ces moyens vidéos de cours distanciés et sollicité les smartphones et ordinateurs des parents, ce qui m’a permis de constater que l’expression « c’est pas mal » était fortement utilisée lors de ces sessions.
Lorsque l’on analyse cette phrase toute simple, on constate l’absence de pronom personnel, qu’elle comprend une négation et, de surcroît, se termine par le point d’orgue du mot « mal ». Elle a pour effet immédiat de provoquer une moue d’agacement chez l’élève et, en conséquence, une impression pénible chez l’enseignant, y compris en visio. À ce moment, les neurones miroirs de l’élève et de l’enseignant se contaminent dans une spirale immédiate d’une activation de l’amygdale cérébrale, entraînant une cascade plus ou moins inconsciente d’émotions désagréables, stressantes et anxiogènes.

Circuits de la récompense

Bien au contraire, si l’enseignant dit « c’est plutôt bien », ce qui veut dire à peu près la même chose, il va probablement recevoir en retour un sourire, une meilleure motivation de l’élève, et des conditions de cours plus agréables pour tous. Dans le cerveau, ce sont les circuits de la récompense et du plaisir qui seront alors activés.
Ce que la neuropsychologie nous apprend, c’est que l’on obtient de meilleurs résultats de pédagogie ou de communication en utilisant des mots positifs, en privilégiant la motivation. De surcroît, ces effets bénéfiques le sont aussi pour celui qui les prononce, avec les mêmes activations des circuits émotionnels.
Certains vont arguer que cette manière de communiquer est de la démagogie ou de la manipulation, mais c’est juste de la neurologie !

Communication bienfaisante

D’ailleurs, une communication bienveillante n’empêche surtout pas d’être critique : à la place de « tu n’as pas assez travaillé ton morceau », dire « tu aurais pu mieux travailler ton morceau, le résultat serait meilleur », parvient à une compréhension consciente identique de la nécessité de travailler, mais aura activé les émotions générées dans le système limbique de manière totalement opposée, entraînant une motivation et une adhésion de l’élève bien meilleures, et une once de bien-être tant chez l’étudiant que chez l’enseignant. Une telle communication est donc non seulement bienveillante mais, encore mieux, elle devient bienfaisante.
Adopter ces méthodes de communication demande au départ quelques efforts, puis ces pratiques deviennent rapidement instinctives pour l’élève et l’enseignant, mais aussi dans la vie de tous les jours.
En cette période où la musique a besoin de bonnes ondes, amis musiciens, enseignants, chefs d’orchestres, leaders ou suiveurs, je ne peux que vous inciter à réfléchir à améliorer vos mots sans maux, cela peut changer vos é-maux-tions en bien plus belles émotions : en effet, cela fait du bien de faire du bien : c’est neurologiquement prouvé !
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