Grégory Massat  : percussionniste et photographe

Éloïse Duval 25/02/2021
Loin d’un art qui se voudrait solitaire, la photographie est un art collectif, à la manière de la pratique d’orchestre.
Peu de places sont plus propices à l’observation que celle du pupitre de percussion. Depuis le fond de la scène, perdue dans le clair-obscur des coulisses et du plateau, cette place à l’ombre des projecteurs offre une vue spectaculaire sur l’orchestre baigné de lumière. C’est depuis ce pupitre que le percussionniste Grégory Massat pose son regard, et parfois l’objectif de son appareil photo, sur l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg.

Art collectif

Le musicien partage sa vie entre deux muses, deux arts qui semblent d’abord très différents : quand l’un se joue en silence et fige le mouvement, l’autre fait résonner rythmes et mélodies.
Pourtant, Grégory Massat se nourrit de ces deux arts qui s’influencent et s’enrichissent l’un l’autre : « Mon approche de la photographie a toujours été liée à la musique. D’ailleurs, j’ai acheté mon premier appareil photo grâce au cachet d’un concert avec les Arts Florissants ! » Plus encore : « Ces deux disciplines supposent beaucoup de réflexion et d’entraînement, et on songe au résultat final très en amont pour y parvenir seulement au bout d’un certain temps… »
Loin d’un art qui se voudrait solitaire, la photographie est également un art collectif, à la manière de la pratique d’orchestre : « Il y a une grande partie d’échange, en duo avec le modèle ou en trio lorsqu’il y a une maquilleuse. »

À l’abri des regards

Né dans une famille de musiciens, Grégory se révèle très doué en rythme, à tel point que son père choisit pour lui les percussions, qu’il étudie par la suite aux conservatoires de Metz, de Strasbourg et de Paris. De nature pudique et réservée, ses photos traduisent son intérêt pour ce qui se déploie à l’abri des regards, dans le secret de l’atelier des artisans ou des cuisines des restaurants.
D’ailleurs, si la musique colore les photographies de Grégory, elle y insuffle également un rythme singulier : « Ce sont des photographies musicales : il a un sens incroyable du rythme et du mouvement, si bien que l’on devine toujours le geste qui a précédé et celui qui va suivre », livre Agnès Maison, collègue altiste et amie de Grégory Massat depuis près de vingt ans.

« Un travail de sociologue »

La musicalité de ses photos tient sans doute à la double vie artistique du percussionniste, mais aussi à sa position privilégiée au sein de l’orchestre, qui en fait un spectateur parmi les acteurs, un observateur sensible aux particularités de ses collègues. Marie Linden, directrice générale de l’Orchestre de Strasbourg, reconnaît la sensibilité et la pudeur du musicien, qui participent de sa capacité « à saisir des instants rares, à capter un instant volé, pour travailler la matière, le regard et la lumière, et donner à voir ce à quoi personne d’autre n’a accès ».
À la lisière des coulisses et de la scène, Grégory est d’ailleurs fasciné par les décors dont ses photographies s’inspirent : « En musique, tous les gestes sont essentiels : il faut choisir les baguettes, le mouvement avec lequel on vient frapper les timbales, la respiration, le geste, le souffle. En photographie, il faut choisir les lumières et l’orientation de l’objectif, pour donner un cadre esthétique et artistique, qui imprègnent la scène, qui permettent de capter des attitudes et de traduire la rencontre de deux univers. »
Ainsi pourrait se définir la porosité des deux arts qui se nourrissent l’un l’autre, de l’observation à la précision du geste, des percussions à la photographie, une porosité qu’Agnès Maison décrit finalement comme « un travail de sociologue, d’esthète et de musicien qui, sans bruit et avec souplesse, fige le mouvement en une photographie musicale ».
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