Une nouvelle association pour les conservatoires

Mathilde Blayo 26/02/2021

Le collectif « Enseignements artistiques en mouvement » a vu le jour pour accompagner les conservatoires dans la crise. Philippe Tormen, co-fondateur du collectif, nous explique son origine et ses missions.

Comment est né ce collectif ? 

Tout est parti de nos échanges, entre plusieurs directeurs, au lendemain du décret du 14 décembre. Nous avons tous été très surpris par ce décret. Petit à petit, d’autres personnes se sont greffées à ce groupe de discussion. Nous avons beaucoup échangé, partagé nos observations, nos réflexions. En deux mois, nous sommes passés d’un groupe de 30 à 130 directeurs. Nous nous sommes retrouvés dans nos échanges, et dans ce désarroi que nous partageons tous : petites et grandes structures, privées ou publiques, classées ou non… L’isolement de tous les directeurs est fort pendant cette crise. Certains ont fait savoir que les associations professionnelles existantes n’étaient pas suffisamment réactives par rapport à la crise que nous traversons, et qu’ils souhaitaient se réunir pour être force de proposition et être dans l’action. 
Notre conseil d’administration est composé de neuf membres, issus de diverses structures. Tous nos membres sont pour le moment actifs à titre gratuit et nous ne souhaitons pas toucher de financement du ministère de manière à garder une certaine liberté d’action.
Nous allons bientôt proposer des webinaires et des programmes dans les territoires pour activer les réseaux de directeurs de tous les établissements d’enseignement artistique.

Comment vous distinguez-vous des autres organisations du secteur ? 

Nous nous concentrons sur l’ici et maintenant : traverser la crise et lancer les bases d’une reconstruction. Nous avons vu le jour pendant la crise donc nous n’avons aucun passif, aucune histoire sur un discours éducatif ou culturel. Nous ne véhiculons rien de tout ça et notre préoccupation première est de sortir de la crise et de bâtir l’enseignement artistique de demain.
Nous voulons agir en complémentarité avec les associations professionnelle existantes. Nous sommes tous dans le même bateau et l’idée n’est pas de se faire concurrence. L’Union nationale des directeurs de conservatoire a disparu, alors notre association permettra d’assurer cette complémentarité entre les structures.

Quelles missions vous êtes-vous fixées ?

Nous voulons développer des modes opératoires innovants pour défendre les valeurs historiques et à venir de l’enseignement artistique. Cela passe notamment par un fonctionnement de l’association qui part des territoires, des directeurs dans toutes les régions. On fait ensuite remonter des réflexions, des propositions du terrain pour être le plus représentatif possible auprès de l’Etat. Ce n’est pas un mode de fonctionnement révolutionnaire, d’autres le font, mais ce sera quelque chose à laquelle nous serons particulièrement attentifs.
Nous souhaitons aussi nous engager dans une démarche de co-construction décentralisée avec les collectivités dont dépendent les conservatoires. Ainsi, dans l’association nous nous sommes notamment entourés de directeurs des affaires culturelles. Nous voulons vraiment être présents auprès des élus locaux, des maires, des Drac. On cherche ainsi à mettre en place des protocoles d’accord en région, avec les Drac et l’ARS. On pourrait faire valider ces protocoles d’accord de manière décentralisée, et donner une certaine autonomie aux directeurs dans la gestion de leurs effectifs. Nous ne voulons pas toujours attendre des décisions ministérielles. La Drac et l’ARS peuvent être des opérateurs de premiers choix.
Nous avons déjà mené plusieurs actions coordonnées, notamment envers les Drac. Nous avons tous écrit aux Drac, alors que les autres structures professionnelles traitent plutôt avec la Dgca. Ecrire aux Drac nous a révélé la désorganisation, les contradictions parfois des directions. En plus d’actions auprès des acteurs de terrain, nous avons aussi écrit aux sénateurs : 57 d’entre eux ont alors signé un courrier adressé à la ministre de la Culture. Nous les avons de nouveau sollicités suite au nouveau décret sur la danse. Nous avons également travaillé avec Fuse pour dénoncer les problèmes d’inégalité de traitement des usagers. Nous sommes une jeune association, mais proactive. Notre histoire commence sur cette crise, avec un regard pragmatique, et notre histoire s’écrira petit à petit.

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