« Il faut se battre pour que les artistes puissent travailler »

Éloïse Duval 01/03/2021
Les Chorégies d’Orange est l’un des rares festivals de musique classique à pouvoir accueillir en temps normal plus de 5000 spectateurs, jauge annoncée par le Ministère de la Culture. Son directeur, Jean-Louis Grinda, nous explique comment la manifestation va s’adapter.

Quel va être l’impact de la restriction de jauge annoncée par Roselyne Bachelot pour le Chorégies, qui en temps normal accueillent 7000 spectateurs par soir ?


Le festival pourra se tenir cette année, mais la diminution des jauges risque d’être problématique pour l’équilibre financier. Les Chorégies dépendent énormément de la vente de billets, puisque les recettes représentent 70% de notre financement. Or, faire 2000 entrées en moins pour chaque représentation constitue un manque à gagner compris entre 250 000 et 450 000 €. En plus de cela, nous pouvons respecter la jauge imposée par le ministère et n’accueillir que 5000 personnes, mais nous ne pourrons pas laisser une place sur deux entre chaque personnes, car le théâtre n’a pas une capacité d’accueil de 10 000 places. Donc s’il faut laisser vacante une place sur deux, nous ne pourrons recevoir que 3500 spectateurs… L’État a dit qu’il compenserait le manque à gagner, donc le festival pourra se tenir, mais autrement ce serait financièrement impossible.

Quel sera le protocole sanitaire en vigueur ?


Le protocole sanitaire est canalisé aujourd’hui : pour la soirée Musique en Fête, qui a eu lieu en septembre 2020 à Orange, les limites étaient les mêmes, et tout s’est très bien passé. On sait gérer les flux, et on n’a pas attendu le Covid pour organiser les entrées et les sorties des spectateurs dans des salles. L’Opéra de Monte-Carlo (ndlr : dont Jean-Louis Grinda est également le directeur) continue de jouer aujourd’hui, et tout se passe très bien. Évidemment, cela suppose beaucoup de précautions : il faut distribuer du gel, l’orchestre et les techniciens portent des masques FFP2, et les artistes et le personnel du théâtre sont soumis à des tests PCR hebdomadaires – je me suis moi-même fait testé ce matin. Mais tout cela ne représente pas un coût démesuré, et je pense qu’il faut se battre pour que les artistes puissent travailler. Au-delà d’une nécessité financière, ils ont besoin de faire leur métier, et aujourd’hui les artistes sont fous de joie de pouvoir jouer, et les techniciens sont émus de faire leur travail. Nous voulons que ce festival soit un message formidablement positif et une lueur d’espoir pour l’avenir. Bref, un hymne à la vie.

Annulé l’année dernière, en quoi pensez-vous que la tenue du festival cette année relève de l’urgence ?


Je pense qu’il est urgent et indispensable de rouvrir les théâtres et opéras nationaux, et c’est le sens de la tribune que j’ai adressé au président de la République. Les captations sont un pis aller, mais on ne remplacera jamais le spectacle vivant comme cela. Notre société a besoin de théâtre, elle en a besoin depuis l’Antiquité et ce n’est pas aujourd’hui qu’elle pourra s’en priver. De même que les écoles sont ouvertes car jugées indispensables, le théâtre est indispensable. Aujourd’hui, on sait bien mieux comment vivre avec le virus, et on ne peut plus mettre un pays sous cloche plus longtemps. Il faut que cela se remette en marche, qu’on montre qu’on est capable de le faire. Bien sûr, cela nécessite un effort collectif, mais nous pouvons le faire, et je le sais car je l’expérimente au quotidien à Monte-Carlo. Il faut être fort et optimiste, et y aller.

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