Reconversions de musiciens : « Un virage à 360° »

Éloïse Duval 03/03/2021

Face à la perte de revenu liée à la crise sanitaire, Noël Debeve, trompettiste amiénois, travaille désormais pour une société d’entretien de machines.

« J’ai commencé la trompette en 1977, alors que je n’avais que 7  ans, et je n’ai jamais cessé d’en jouer. Mon instrument fait partie de moi depuis toujours…

J’ai étudié la musique à Lille puis à Paris, où j’ai obtenu quatre médailles d’or. Tout cela représente près de 10  ans d’études. Jusqu’à présent, j’enseignais dans une école intercommunale, et j’intervenais au sein d’un orchestre lillois, les Symphonistes européens, qui mêle des professionnels et des étudiants et qui est amené à voyager partout en Europe.

Mais avec la pandémie, tout est tombé à l’eau. Les projets d’orchestre ou même de musique de chambre sont inenvisageables, nous n’avons aucune visibilité sur l’avenir, et c’est profondément angoissant car tout s’est arrêté en même temps. L’école de musique ne peut plus nous rémunérer car en plus de cela, les inscriptions ont baissé de 60 % à la rentrée dernière.

Pourtant, il faut bien trouver du travail, ne serait-ce que pour avoir un revenu pour se nourrir et se loger.

Dans ce contexte, un de mes amis qui tient une société d’entretien m’a proposé de l’aide. Donc aujourd’hui, je fais de l’entretien sur une machine automatisée dans un grand atelier. C’est un virage à 360°. Le métier de musicien exige énormément de sacrifices, et malgré cela, la crise actuelle et sa gestion nous empêchent de faire ce pour quoi nous avons tant travaillé. Je m’estime chanceux, car j’ai eu l’occasion de me tourner vers autre chose pour compenser la perte de revenu que cet arrêt représente.

En plus de cela, le travail me retient seulement l’après-midi, ce qui me permet de travailler mon instrument le matin, car je ne veux surtout pas perdre mon niveau.

Mais j’ai bien conscience de la gravité dans laquelle se trouve le monde artistique aujourd’hui, et je suis très inquiet pour l’avenir. Je ne me vois pas vivre sans faire de musique, et en même temps cela me paraît infiniment difficile aujourd’hui. »

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