Manifestation pour le retour de la vie artistique

Des centaines de personnes ont défilé dans plusieurs villes de France, jeudi 4 mars, répondant à l’appel des syndicats à se mobiliser pour défendre un monde de la culture à l’arrêt. Reportage à Paris.

Au pied de la statue de la République, la place se teinte du rouge des banderoles qui traduisent le désespoir et l’incompréhension d’un secteur paralysé par la pandémie. Près de celle indiquant « Misère de la culture, Liberté, Égalité, Précarité », flotte un drap blanc sur lequel se découpe le visage rouge d’un Emmanuel Macron coiffé des pics symboliques du virus. Sur les affiches, tous les arts s’expriment, de la musique aux arts plastiques en passant par le théâtre : le secteur culturel réclame unanimement une renaissance. « C’est la première fois qu’il y a une telle unité autour d’un appel : toutes les organisations de salariés, d’employeurs, même les comités des fêtes, le monde associatif, tout le monde appelle à cette manifestation », nous explique Philippe Gautier, Secrétaire Général du Syndicat National des Artistes-Musiciens (SNAM-CGT).

« L’abandon des artistes »

Les manifestants se meuvent au rythme des tambours d’une dizaine de musiciens masqués qui sont « aussi là pour se faire plaisir », nous dit leur chef de file : « Je ne peux pas ne pas être la face au néant de la politique gouvernementale. » Les manifestants interrogés sont particulièrement inquiets du sort réservé aux artistes dans cette crise qui dure.

« Nous dénonçons une politique d’abandon des artistes, indique Philippe Gautier. On sauvegarde les entreprises, et on se dit qu’un jour ou l’autre cela rejaillira sur les artistes mais ce n’est pas le cas. Cela fait des mois que les artistes se paupérisent car ils ne travaillent pas. » Le syndicat réclame le prolongement de l’année blanche, récemment remise en question par le ministère. Parmi les élus locaux venus exprimer leur soutien au secteur, la tête de liste des écologistes d’Île-de-France aux prochaines élections régionales, Julien Bayou s’indigne : « Il est impensable que, dans ce pays, on puisse tolérer qu’il y ait 37 des 50 familles françaises les plus aisées qui sont officiellement domiciliées au Luxembourg, et qu’on nous dise qu’il n’y a pas les moyens de financer une année blanche. C’est une nécessité absolue. » Jonathan Pontier, compositeur, le rappelle : « Il y a les salariés des orchestres permanents, les structures qui peuvent se payer des captations, mais tous ceux qui ne peuvent pas sont en train de crever. »

Ouvrir les salles

La situation inquiète particulièrement les plus jeunes, comme Garance qui pense à la reconversion : « Nous sommes dans le flou et déprimés depuis un an. Je vais me rediriger vers un BTS en communication, dans un label de musique si possible… ». La violoniste Emina Kazan, élève de Jonathan Pontier en composition, a, elle aussi, de l’appréhension face à l’avenir et ne comprend pas « pourquoi on n’ouvre pas les salles alors que d’autres le font comme l’Espagne ou les pays nordiques. C’est possible, c’est simplement une question de priorité politique. » Tous réclament « la réouverture de nos lieux de cult(ur)e » comme le disent les affichent qui dansent au dessus de la tête des manifestants. « Nous sommes tous au courant des mesures sanitaires, personne ne veut se refiler le virus. C’est, par contre, notre devoir moral de continuer à créer et à rêver ensemble, considère Jonathan Pontier. Depuis un an, qu’est-ce que le ministère a mené comme étude qui nous dise concrètement quels sont les risques dans une salle de spectacle ? Ça suffit maintenant, nous avons assez d’éléments pour dire que nous pouvons rouvrir sans risque. » Le directeur de la scène du Buisson à Marne-la-Vallée, Philippe Fourchon, abonde dans le sens d’une « ouverture progressive. Nous sommes tout à fait prêts à reprendre le plus vite possible. La culture doit être un endroit de relance et d’inclusion, un investissement important de la sortie de crise que ce soit auprès des structures, des auteurs, des artistes. »

Aurélien Azan Zielinski, chef associé à l’Orchestre national de Bretagne, a la sensation, comme beaucoup ce jour-là, que « rien ne bouge. Nous sommes sous perfusion, sans vie. Je ne comprends pas cette absence de visibilité, de cohérence dans les choix gouvernementaux qui garde les centres commerciaux ouverts mais ferme les salles. » Alors qu’aucune date n’est encore donnée pour la réouverture des lieux de spectacle, sur la scène dressée pour l’occasion Nicolas Bucher, président de Profedim, rappelle au micro que cette situation « nous tue moralement, financièrement et artistiquement. »

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