Adapter une création en temps de Covid

Éloïse Duval 05/03/2021
Le 6 mars prochain, la Philharmonie de Berlin accueillera l’Orchestre Symphonique de la Radio bavaroise, dirigé par Simon Rattle, pour la création de la nouvelle pièce d’Ondřej Adámek intitulée Where are you ? Le compositeur tchèque nous explique la particularité de cette création en pleine pandémie.

Dans quelles conditions se déroulera la création de votre pièce Where are you ?

Pour que la création puisse se tenir ce samedi, nous avons dû procéder à un certain nombre d’aménagements. Initialement, la pièce était prévue pour un orchestre de 80 musiciens, mais dans la configuration actuelle, nous avons décidé de réduire les cordes : donc nous sommes passés de 50 cordes à seulement 30. Musicalement, seules quelques notes ont été perdues, mais ce qui me préoccupe le plus, c’est la perte d’énergie et de l’épaisseur du son que l’on a cherché pendant plusieurs siècles. Cette perte vient à la fois de la réduction de l’effectif au sein de l’orchestre et de cette coupe opérée dans le pupitre des cordes, mais aussi du fait que les musiciens sont dispersés dans la salle et très éloignés les uns des autres. Les mesures imposées par le protocole sanitaire sont si strictes (avec des distanciations de 3 mètres entre chaque personne) que je ne peux pas m’approcher du chef pour lui montrer quelque chose sur la partition. L’orchestre sonne moins fort et moins ensemble que d’habitude... Je suis très heureux de voir et d’entendre les musiciens, de répéter et de voir le travail avancer. Mais ma plus grande inquiétude est que l’on s’accommode de cet état qui est un état d’urgence, et que l’on pense que l’orchestre peut fonctionner même si un pupitre est réduit de moitié, alors que ce n’est pas le cas et que le son en est grandement altéré.

Comment est née cette composition, dans un temps marqué par la pandémie ?

Quand la pandémie a commencé à s’installer, j’ai vu rapidement les concerts s’annuler, et les mails cesser d’arriver. On m’avait proposé d’écrire une pièce pour la mezzo-soprano Magdalena Kožená, et j’ai profité de cette période où tout est à l’arrêt pour effectuer des recherches sur des textes religieux, en mêlant les croyances et les cultures de différents continents, tout en faisant des essais avec la soliste. J’ai mis un an et demi à composer, ce qui est un temps infiniment long, mais cette pièce représente la quête d’un ailleurs métaphysique, qui mélange les cultures, superpose les sons et les ambiances comme la musique de Moravie et le chant espagnol. Je ne sais pas si mon intention première était d’évoquer la pandémie, mais je pense que cette pièce dit quelque chose de ce que nous vivons. On entend le monde intérieur souvent fragile détruit par des forces extérieures, et il y a quelque chose du présent dans cette œuvre : à un moment, une réalité s’installe, puis celle-ci est complètement à l’envers. Cette œuvre dit aussi l’envie de respirer, le droit de respirer librement, mais toujours de manière indirecte...

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