« La culture aussi doit faire sa transition écologique »

Éloïse Duval 18/03/2021

Après six mois de recherches, le ténor Sébastien Guèze livre le rapport Génération BIOpéra préconisant une stratégie responsable pour les productions lyriques. Entretien.

Comment est né le projet BIOpéra ?

J’ai toujours gardé un œil attentif sur la manière dont étaient gérés les opéras, en me demandant quel serait l’opéra de demain et en me disant qu’un jour j’essaierai de développer une sorte d’opéra idéal. Et il y a quelque temps, alors que je chantais à La Fenice à Venise, j’ai pris conscience qu’il y avait urgence à agir. J’ai compris que si nous ne faisions rien, ce théâtre serait bientôt enseveli par les eaux.

Alors je me suis demandé en tant que citoyen quelle était ma part de responsabilité, et si l’on avait le droit de laisser l’histoire prendre l’eau. La crise sanitaire a également montré que le système est fragile et que les risques ne vont cesser de prendre de l’ampleur. L’objectif de ce rapport était donc de penser l’opéra de demain en mettant en avant la pluralité des enjeux qui s’affrontent autour de ces questions, qu’elles soient écologiques ou sociétales. J’ai tenté de résumer cela en consultant des architectes, des artistes, des metteurs en scène et des acteurs culturels issus de milieux très variés pour mettre ces approches au service de l’opéra.

Qu’est-ce que propose ce rapport ?  

J’ai intitulé ce projet génération BIOpéra car il y a une responsabilité du monde que l’on va laisser, et ma génération d’artistes comme la suivante doit s’en saisir. La question centrale que pose ce rapport est donc la suivante : comment anticiper la prochaine crise, et quelle est notre mission pour mettre en place un opéra du futur qui réponde aux enjeux sociaux, écologiques et solidaires qui se posent aujourd’hui ?

Ces propositions sont d’ordre structurel et s’appuient sur de nombreux travaux en cours, mais aussi d’ordre artistique. Il s’agit de repenser les productions de demain, car on est en droit de se demander si le public voudra continuer à voir des œuvres dont la création est destructrice.

Si à chaque fois que l’on fait une production on ne prête pas attention à l’empreinte carbone que suppose cette dernière, en terme de décor ou de casting, et que le public est conscient des coûts écologiques de cette production, il est fort probable qu’il se désintéresse de ces créations artistiques.

À l’image de l’indice nutritionnel Nutri-Score la population est de plus en plus attentive à l’impact de son alimentation sur sa santé. Sans doute très prochainement arrivera le Carbone-Score pour l’impact sur l’environnement. Il ne me paraît pas utopiste qu’un jour on trouve une échelle de valeur similaire sur un billet de spectacle pour valoriser les efforts de ceux qui s’inscrivent dans cette démarche. Au sujet de l’Etat, en partenariat avec les villes et les régions, un carnet de santé culturel, accolé à celui que nous connaissons tous dès la naissance me semble indispensable pour inviter et guider les jeunes parents à éveiller leurs enfants aux arts, aux humanités, cela fait partie des droits humains fondamentaux, donc essentiels.

Comment le rapport Génération BIOpéra entend aider les structures culturelles à penser des productions artistiques plus raisonnées ?

Dans un premier temps, je conseillerais à tous les acteurs du monde culturel de mettre en place une démarche de Responsabilité Sociétale des Entreprises pour contribuer à la transformation durable de leur société (RSE) ou de leur Organisation (RSO). C’est un premier pas contre les inégalités et le changement climatique. Ce rapport se veut vraiment comme un ensemble de propositions dont les établissements culturels peuvent s’emparer pour penser les créations de demain. Il cherche surtout à montrer que la culture aussi doit faire sa transition. Il est important qu’elle le fasse afin de continuer à s’ouvrir au monde, sans le détruire. Je pense également que c’est aux dirigeants politiques de se plier à ces enjeux, tant pour respecter leurs engagements que les accords de Paris. Autrement, les chocs ne feront que se succéder, avec de plus en plus de violence.

Au sujet de l’Etat, en partenariat avec les villes et les régions, un carnet de santé culturel, accolé à celui que nous connaissons tous dès la naissance me semble indispensable pour inviter et guider les jeunes parents à éveiller leurs enfants aux arts, aux humanités, cela fait partie des droits humains fondamentaux, donc essentiels.

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