Aurélie Dupont : « Amener la diversité sur scène »

Mathilde Blayo 29/03/2021

Comment avez-vous fait face aux défis de cette crise sanitaire depuis un an ?

Le premier confinement a été très abrupt pour tout le monde, mais nous avons pu mettre en place des cours en ligne pour les danseurs. Comme tout le monde n’a pas forcément un sol adapté chez soi, nous avons fait découper à l’Opéra des morceaux de lino, des tapis spéciaux pour la danse, que les danseurs sont venus chercher. Nous avons aussi mis en place une cellule psychologique et les 154 danseurs du ballet ont été appelés régulièrement. Quand nous avons su que nous pourrions se retrouver en studio, mon travail a pris une dimension médicale : mettre le Scotch au sol pour la distanciation, les sens de circulation, assurer la distribution du gel hydroalcoolique. Nous avons réduit le nombre de danseurs par cours car nous voulons leur permettre d’être ensemble : ils ont besoin de cet esprit de corps, tout en étant en sécurité.

Avec mes équipes, nous avons aussi énormément travaillé sur les solutions pour de possibles réouvertures. La difficulté pour moi en tant que directrice, c’était de me projeter artistiquement, notamment sur le report ou non de cette saison.

Il y a un timing sur ces choix artistiques qui a du sens pour les danseurs, par exemple : les faire travailler une nouvelle technique en 2020, pour aller vers une technique plus poussée en 2022…

Ce chemin de travail est aujourd’hui en friche.

Comment appréhendez-vous la reprise
et un éventuel retour à la normale ?

Ce qui m’inquiète c’est qu’une seule captation vient remplacer 25 représentations d’un même spectacle. C’est un vrai marathon pour un danseur et il faut que nous les préparions à cette reprise. Aujourd’hui, ils ont des préparateurs mentaux, physiques, des cours de yoga et de Pilates. Mais il y a une inquiétude de leur part de ne pas réussir à retrouver le rythme d’avant.

Pour certains, l’heure tourne, avec la retraite à 42 ans, et cette année blanche est considérée comme une "année gâchée". Il y a un vrai gâchis artistique à ne pas rouvrir les théâtres.

Y-a-t’il malgré tout des choses mises en place pendant cette année que vous garderez ?

Le fait d’avoir diminué le nombre de danseur par cours et les avoir obligé à rester dans le même groupe pendant un mois et demi, a permis d’avoir un suivi intéressant avec les professeurs. Cela permet de faire plus de sur-mesure et nous allons surement garder ce fonctionnement à certaines périodes, lorsque cela sera compatible avec les plannings. Nous allons aussi continuer garder notre préparateur mental pour désamorcer le trac, la peur de la blessure et de ne pas danser comme avant.
Je souhaite aussi garder l’esprit ouvert sur les captations de spectacle. Elles donnent à un plus grand nombre de personne la possibilité de voir ce qu’il se passe chez nous. Je vais donc continuer cela en choisissant avec soin les réalisateurs.

L’année du ballet a aussi été marquée par le sujet de la diversité, avec un rapport sur ce sujet à l’Opéra de Paris publié au début du mois de février. Parmi les conclusions de ce rapport, qu’allez-vous pouvoir mettre en place rapidement ?

Le rapport était une demande de la direction générale et nous le prenons comme un début
de réflexion importante, pas un mode d’emploi. Certaines choses ont déjà été mises en place, notamment sur la fin du blackface ou le maquillage adapté à toutes les peaux. Sur l’importance de contextualiser les œuvres, nous avons déjà commencé à le faire, et nous allons continuer.

Il est évident que mettre sur scène la diversité du monde est indispensable pour avoir une diversité en salle. Je vais contacter des chorégraphes de couleur qui m’intéressent particulièrement, comme Sana Shabalala ou Dada Masilo, qui a fait sa propre version du Lac des cygnes et de Gisèle, s’adaptant aux grands classiques. Depuis plusieurs années, nous faisons aussi plus de création contemporaine, avec des chorégraphes de diverses origines et esthétiques, et je crois que c’est ce qui amènera de la diversité sur scène.

Aujourd’hui, il y a de la diversité au sein de la maison malgré tout, même s’il en faut plus. Ce ne sera pas forcément long de faire évoluer ce sujet, car nous avons déjà mis des choses en place.

Je me suis rapprochée de Cédric Andrieux à la direction des études chorégraphiques du CNSMDP et nous allons ensemble rassembler les directeurs d’écoles, de CRR pour avancer ensemble sur ce sujet.

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