« L’époque du chacun pour soi est terminée ! »

Mathilde Blayo 29/03/2021

A l’occasion de la signature d’une convention de partenariat entre les Conservatoires supérieurs de Paris et de Lyon, leurs directeurs, Émilie Delorme et Mathieu Ferey, nous expliquent les objectifs de ce rapprochement.

Comment est née cette convention de partenariat entre vos établissements ?

Émilie Delorme : Nous ne sommes que deux établissements en France à délivrer un diplôme de Bac+5 en danse et en musique. Il était évident que nous avions des choses à partager et la question est plutôt pour nous : pourquoi cette convention n’a pas été faite plus tôt ?

Mathieu Ferey : Même s’il n’y avait pas de partenariat signé avant, il y a de nombreux liens entre nos établissements, notamment avec des examens communs, des rendez-vous artistiques. Ce partenariat nous a paru très naturel à tous les deux dès le début. Nous avons pris nos fonctions à peu près en même temps et il nous semblait évident que nous devions travailler ensemble, que l’époque du chacun pour soi était terminée. Ceci a été formalisé par la convention.

Quel est le but de cette convention ?

Mathieu Ferey : Il y a une quinzaine d’objectifs communs dans cette convention. Nous voulons échanger fréquemment sur nos objectifs et nos missions, réfléchir ensemble sur les sujets qui nous préoccupent. Quand on travaille ensemble, nous sommes plus fort pour progresser.

Émilie Delorme : Surtout dans cette période où nous devons nous réinventer en permanence, échanger entre nous est primordial. Il y a une forme de solitude dans nos métiers et c’est très positif de tisser ce lien de confiance. Ce qui compte dans cette convention c’est la volonté d’échange et de dialogue sur les questions qui nous préoccupent : l’insertion de nos élèves des promotions actuelles et futures. Plus on anticipe ces questions ensemble, moins on laissera d’étudiants sur le carreau.

Au-delà des projets pratiques, cette convention nous inscrit aussi dans une communauté d’intérêt et nous permet de mieux dialoguer avec les acteurs qui nous entourent, que ce soit nos tutelles, ou nos collègues à l’Anescas (Association nationale d’établissements d’enseignement supérieur de la création artistique arts de la scène), les Pôles supérieurs. Ce lien avec Lyon nous permet d’entrer en dialogue d’une autre façon avec l’enseignement initial, notamment en danse avec un projet mené avec six CRR. Nous allons aussi mieux dialoguer avec le monde de la recherche à l’international.

Parmi les nombreux projets portés par cette convention, il y a de la danse, de la musique, mais aussi un volet recherche. C’est un pan que vous souhaitez développer ?

Mathieu Ferey : Nos doctorants sont peu nombreux en France et il serait vraiment enrichissant qu’ils puissent davantage échanger entre eux. Nous avons fait de grands pas dans ce domaine, notamment du fait de la crise qui a rendu l’accès aux séminaires plus facile.

Émilie Delorme : La crise et la dématérialisation d’un certain nombre de procédures a en effet ouvert des possibles. Tout ce qui est mis en place à Paris ou à Lyon peut maintenant être suivi par les élèves de nos deux établissements. Les deux médiathèques ouvrent aujourd’hui un espace de ressources commun.

Comment envisagez-vous la complémentarité pédagogique entre vos établissements ? Le CNSMD de Lyon va créer un parcours de musicien d’orchestre, Paris entrera-t-il en concurrence sur ce parcours ?

Mathieu Ferey : Il y a déjà une complémentarité entre nos établissements avec des enseignements qui n’existent que dans l’un ou l’autre. Les enseignements ne sont par ailleurs pas forcément donnés de la même façon à Paris et à Lyon. Pour le parcours de musicien d’orchestre, ce n’est pas parce que cela se développe chez nous qu’il ne peut pas être mis en place ailleurs aussi.

Émilie Delorme : L’idée d’un tel parcours est discutée au CNSMDP depuis longtemps, avant même mon arrivée. Je ne crois pas qu’il faut avoir peur de la concurrence qui peut aussi permettre d’avoir des choses stimulantes pour nos établissements. Nos conservatoires ont des histoires très différentes et je trouve cela bien que l’on ne cherche pas à se ressembler. Mais cette concurrence doit être saine et on doit pouvoir identifier ensemble les lieux d’une bonne concurrence et là où nous devons être complémentaires.

Qu’est-ce que votre rapprochement induit dans vos liens avec les Pôles supérieurs ?

Émilie Delorme : Nous délivrons beaucoup de diplômes en commun avec les Pôles supérieurs et la coopération est naturelle avec eux comme avec le CNSMD de Lyon. Nous travaillons en commun avec eux pour que le Dnspm confère le grade de licence. Nous travaillons aussi en commun sur les questions de diversité et d’égalité femme/homme : nous avancerons plus vite sur ces sujets tous ensemble. Nous avons d’autant plus intérêt à travailler ensemble que des étudiants des Pôles viennent dans nos établissements en deuxième cycle et mieux se connaître nous permet de travailler cette jonction, de nous adapter mutuellement pour une meilleure cohérence du parcours des étudiants.

Mathieu Ferey : Ce qui est aussi très intéressant avec l’Anescas, c’est la logique de répartition territoriale des établissements. Cette dimension locale nous permet de nous rapprocher aussi de nos territoires.

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