Les neurones miroirs des artistes

Dans les années 1990 apparaît à Parme une bien étrange théorie suite à des découvertes chez les animaux : les neurones miroirs ou système miroir.

Il s’agit de neurones qui s’activent en même temps chez un individu observateur et un individu observé. Ils ont été découverts chez le singe ou même chez l’oiseau. Ils semblent jouer un rôle important dans l’apprentissage par imitation chez l’enfant.

Dans ce système, des neurones s’activent dans des zones qui participent au contrôle ou à la programmation d’un mouvement chez l’individu qui le réalise, mais on constate également une activation similaire de ces mêmes neurones chez un observateur de ce mouvement, alors même qu’il n’est pas en train d’exécuter ce mouvement !

C’est un peu comme s’il se déclenchait une sorte de résonance des neurones de l’observateur et de l’observé, une espèce de “proto-transmission de pensées”. On pense que ce sont ces neurones qui s’activent lorsqu’une personne se met à bâiller, ce qui déclenche le bâillement d’autres individus présents, ou de même pour les fous rires communicatifs.

Danseurs et non danseurs

Ces neurones ont deux caractéristiques :

- ils réagissent de la même manière lorsque l’individu agit ou observe l’action ;

- ils sont spécifiques d’un seul type d’action (exemple, un seul mouvement) et ne s’activent que pour cette action.

Des études ont pu mettre en évidence que ce système miroir des mouvements était activé de manière plus importante chez les danseurs que chez les non-danseurs lorsque ces deux groupes regardaient
un spectacle de danse.

Progressivement, les découvertes ont montré que le champ de ce système dépassait les zones de programmation des mouvements mais concernait également les sons, les expressions, voire pour certains le désir. Les neurones miroirs des oiseaux s’activent de manière similaire lorsque l’oiseau chante mais aussi lorsqu’il entend le chant d’un de ses congénères. D’autres études ont suggéré l’activation des neurones miroirs chez des pianistes écoutant une mélodie.

D’autres travaux suggèrent qu’ils jouent un rôle important dans le décryptage, la compréhension et le ressenti des émotions d’autrui. Certains ont ainsi proposé de les appeler les “neurones empathiques”. Les zones du cerveau impliquées par ce système miroir se localisent à proximité des zones de commande de mouvement, mais aussi des centres
de régulation des émotions. Elles sont activées notamment lors du décryptage des expressions faciales. Ces systèmes miroirs sont en connexion avec des centres de traitement des informations multisensorielles et multimodales.

« Résonance d’esprit »

Une étude parue très récemment dans Frontiers in Psychology a démontré, en utilisant l’enregistrement des ondes du cerveau avec des électroencéphalogrammes, que les zones miroirs étaient plus modifiées chez les chanteurs lyriques lorsqu’ils regardaient des vidéos de scènes d’opéra par rapport à la simple écoute du même extrait, la visualisation du visage permettant ainsi une meilleure “résonance d’esprit”. Ainsi, on peut se laisser à postuler que ces neurones participent à ce que l’on peut appeler la “présence” ou encore le “charisme” de l’artiste présent sur scène. Sans doute participent-ils
à la transmission d’informations entre enseignants et élèves, entre chorégraphe et danseurs, entre le chef d’orchestre et ses musiciens, ou entre chambristes, mais aussi entre public et artistes. Cette participation est au moins visuelle et auditive : il est donc important de voir l’artiste et de ne pas se contenter de seulement l’entendre, et cela a l’air de fonctionner en vidéo.

Et si créer l’émotion par l’art consistait à faire entrer en résonance ses propres neurones miroirs avec ceux du public ? Peut-être que cela participe à la définition neuropsychologique de l’art, mais il n’est sans doute pas nécessaire d’en avoir conscience pour partager de belles émotions et faire résonner l’âme sans trop raisonner…

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