Théophile Alexandre, le chanteur qui danse

Anne-Lys Thomas 30/03/2021

Le contre-ténor Théophile Alexandre ne sait pas rester en place, surtout quand il chante. Dans No(s) Dames, son prochain spectacle lyrique, c’est aussi en tant que danseur qu’il incarnera Violetta, Carmen, Manon, Médée ou encore Norma pour rendre un hommage dégenré aux tragédiennes d’opéra. Tel est l’esprit de la compagnie Up to the Moon, que l’artiste a fondée pour « réunir la musique et la danse autour de relectures musicales audacieuses ». Le chanteur se souvient d’avoir très tôt associé les deux arts, dans de courtes histoires qu’il mettait en scène quand il était petit. Au fil de sa formation, il a continué à mêler ses deux passions, de ses cours de chant et de danse contemporaine au conservatoire du  Havre à sa formation au CNSMD de Lyon, d’où il sort en 2005 avec deux diplômes sous le bras et la réputation d’un profil hors cadre. 

« À Lyon, j’ai été le premier élève autorisé à suivre deux cursus à la fois, après quelques difficultés, sourit-il. Il était difficile de me catégoriser et je me suis heurté à une certaine méfiance vis-à-vis de mon parcours hybride. Aujourd’hui, les conservatoires sont en train d’évoluer pour initier davantage les chanteurs à la corporalité et au théâtre. »

Klaus Nomi

Théophile Alexandre se définit aujourd’hui comme un « chanteur qui danse ». En 2008, il fait le choix d’arrêter la danse contemporaine pour se consacrer exclusivement au chant, qui lui demande de plus en plus de travail. La même année, Jean-Claude Malgoire lui confie son premier grand rôle-titre : Orlando de Haendel. Suivront des collaborations avec William Christie, Gabriel Garrido, Laurence Equilbey, Françoise Lasserre… En marge de ces rencontres musicales, le contre-ténor nourrit l’ambition de retrouver une complémentarité perdue entre la danse et le chant. « Les chanteurs-danseurs n’ont pas seulement leur place dans la comédie musicale, mais aussi dans le domaine lyrique », revendique l’artiste, qui avoue son attachement pour les personnalités décalées comme Klaus Nomi, Maria Callas et Rudolf Noureev. De ces « monstres sacrés » placés tout en haut de son panthéon personnel, il retient « l’audace, la folie et l’exigence qui permettent d’aiguiser une technique au service d’un parti pris fort ».

Prise de risques

Ce credo, Théophile Alexandre en a fait le manifeste du projet ADN Baroque, le premier spectacle de sa compagnie Up to the Moon, créée en 2017. Accompagné par le pianiste Guillaume Vincent,
le chanteur proposait une relecture du récital en interprétant des arias baroques tout en dansant sur une chorégraphie contemporaine signée Jean-Claude Gallotta. « Une mise en scène de ce tiraillement, très fort à l’époque baroque, entre la corporalité et la spiritualité, l’ombre et la lumière », précise le contre-ténor. Dans No(s) Dames, c’est la théâtralité de la danse qu’il explore pour remettre en question les stéréotypes et les fantasmes qui collent aux grands rôles féminins dans l’opéra, de Cavalli à Piazzolla. Un « cadavre exquis d’héroïnes tragiques », accompagné par le Quatuor Zaïde et servi par une mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau. « C’était très intéressant pour moi de me confronter à la vision et à l’investissement de Théophile Alexandre : il n’a pas peur de prendre des risques dans ce monde extrêmement formaté de l’opéra », confie le metteur en scène, qui a choisi d’utiliser des accessoires clichés de la diva, exhibés comme de tristes vestiges. « J’ai découvert la musique classique à six ans avec un 33 tours de Carmen. J’ai mis de côté ce répertoire avant de m’y intéresser récemment à la lumière des questionnements féministes actuels, ajoute Théophile Alexandre. No(s) Dames est une manière très personnelle de proposer de nouvelles pistes de lectures, à travers le prisme de l’opéra ».

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