Les accompagnateurs de danse

Mathilde Blayo 30/03/2021

C’est un métier largement méconnu.
Les musiciens accompagnateurs de cours de danse, pianistes mais aussi percussionnistes, jouent pourtant un rôle fondamental dans les conservatoires. Témoignages.

Dès leurs premiers pas dans un studio de danse, Frédéric Compagnon à Angers et Jean-Noël Siret à Lyon ont compris deux éléments indispensables à leur nouveau métier d’accompagnateur : apprendre le langage de la danse et dire au revoir aux partitions. « Ça a pris du temps avant que je comprenne la langue des danseurs, raconte Frédéric Compagnon, pianiste accompagnateur au CRR d’Angers depuis trente  ans. Il faut connaître les pas de danse, les carrures pour adapter notre jeu selon les exercices, les chorégraphies. » D’abord pianiste concertiste à Paris, Jean-Noël Siret a découvert la présence d’accompagnateurs dans les cours de danse le jour où on lui a proposé ce poste au CNSMD de Lyon. « Quand j’ai commencé, j’ai très vite tranché sur le fait que je ne pouvais pas jouer avec des partitions, car cela bloque l’accès à la danse, rapporte-t-il. Alors pour un musicien classique, ça a été compliqué d’apprendre à regarder les danseurs tout en improvisant. » 

L’improvisation

Pour Frédéric Compagnon, le plaisir de ce métier repose en partie sur cette part d’improvisation qu’il recèle.

 

« On a des carrures à respecter, des atmosphères à installer selon les demandes du professeur, mais ensuite nous pouvons créer ce que nous voulons », explique-t-il. La liberté musicale dépend aussi des genres : en danse classique, « on a tellement de paramètres à respecter en termes de structure, de périodicité, qu’ils deviennent une sorte de partition, nous dit Jean-Noël Siret, à qui il arrive aussi de devoir jouer sur partition des réductions d’orchestre. La danse classique tend pour autant à s’ouvrir à un répertoire musical de plus en plus large. C’est en danse contemporaine que j’ai le plus de liberté. » C’est aussi ce goût pour l’improvisation qui motive Vincent Couprie dans son travail. Il est percussionniste accompagnateur au CRR d’Angers. « Pour les cours de modern jazz, il y a quelques exercices à la barre ou d’échauffements pour lesquels je fais du style, de la pulsation, explique-t-il. Sinon je suis très libre, comme en danse contemporaine, et je peux travailler sur des ambiances. » Vincent Couprie compose également pour les spectacles de danse du conservatoire.

Le rapport aux danseurs

Les percussionnistes accompagnateurs sont entrés dans les studios de danse il y a une quinzaine d’années. La relation de confiance avec le professeur de danse, et la relation pédagogique avec les élèves, continuent depuis d’évoluer. « C’est important pour un danseur qu’un musicien puisse expliquer les structures musicales, les accentuations, les rythmes…, rapporte Vincent Couprie. Parfois c’est aux élèves de m’indiquer ce qu’ils veulent comme atmosphère musicale, ce qui les force à réfléchir, à concevoir une idée musicale. Ils doivent me faire confiance et moi je leur apporte un vocabulaire, un autre solfège. » Loin d’être isolé dans un coin de la salle, le musicien accompagnateur prend une place de plus en plus importante dans les cours de danse, y compris pour les pianistes. Pour Jean-Noël Siret, cette évolution est due au regard que le professeur de danse porte sur l’accompagnateur : « S’il nous donne de la valeur, le regard du danseur change sur nous. Beaucoup d’élèves qui arrivent au conservatoire n’ont pas eu d’accompagnateur avant et découvrent avec nous d’autres façons de travailler, d’autres exigences. Je leur explique toujours que je ne suis pas un CD qui accompagne leur danse, mais que je suis un musicien qui accompagne leur propre musique. »

Se former pour être accompagnateur

C’est une des qualités que Jean-Noël Siret recherche chez ses élèves : sentir chez le danseur la musicalité du mouvement. En effet, il est aussi professeur assistant d’accompagnement chorégraphique au CNSMD de Lyon et forme les futurs accompagnateurs. « Certains de mes élèves ont vraiment une compréhension du mouvement, ils sentent la physicalité de la musique. Je crois que cela relève de la prédisposition », rapporte-t-il. Cette classe d’accompagnement de la danse du conservatoire lyonnais a été créée il y a une dizaine d’année pour développer le niveau des accompagnateurs de danse et amener les élèves à l’improvisation. Vincent Coudrie est aussi professeur assistant en percussion et profite de son double poste pour inviter ses grands élèves dans les cours de danse afin de les initier à ce métier. Quand Frédéric Compagnon a débuté, il n’existait pas de formation spécifique, il fallait apprendre en faisant. Et cela a duré puisque la classe d’accompagnement chorégraphique en tant que discipline principale n’a été créée qu’en 2011 au CNSMD de Paris. Mais le diplôme délivré reste un diplôme d’étude et pas un diplôme d’État. La mise en place d’un véritable DE est considérée comme nécessaire par la profession et des discussions sont en cours sur le sujet.

Reste que le budget nécessaire à l’embauche d’un accompagnateur n’est pas forcément disponible dans tous les CRR et, à l’heure du tout numérique, Frédérique Compagnon s’interroge : « Quand je prendrai ma retraite, serai-je remplacé ? »

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