La danse dans la musique contemporaine

Thomas Vergracht 30/03/2021

Au-delà de leurs différences esthétiques, les compositeurs Guillaume Connesson et Pierre Jodlowski ont en commun une même passion pour le corps et la danse. Rencontre en pas de deux. 

Qui dit musique de danse, dit musique « corporelle » avec un ressenti physique. Cette notion de « physicalité » est au cœur du travail du compositeur toulousain Pierre Jodlowski. « Je suis parfois plus fasciné par un geste que par la musique elle-même. D’ailleurs, j’ai toujours pensé qu’un des gros problèmes de la musique contemporaine était la question de la représentation. Les musiques sont débridées, mais les concerts sont tout aussi fixés qu’au xix siècle ! D’ailleurs, j’ai même créé des pièces où les danseurs sont équipés de capteurs qui influent sur la musique, le paradigme est ainsi totalement inversé. » Quant à Guillaume Connesson, il estime même que le rapport au corps est une des clés de son langage musical. « Je ne peux pas concevoir une musique que je ne ressens pas physiquement. »

Pulsations

Si l’on parle de corps, on pense à la pulsation, ce battement qui nous fait danser et hocher la tête, instinctivement.

 

Dans le registre de la musique « savante », le sentiment de pulsation n’est pas spécifiquement prétexte à chorégraphie. Pour Guillaume Connesson, « il y a eu de très belles chorégraphies sur le Prélude à l’après-midi d’un faune, qui n’est pas une musique très pulsée ! Une musique propice à la danse est surtout une question de rythme : on peut très facilement élaborer une chorégraphie sur un mouvement lent de Mozart par exemple, car il y a une vraie construction rythmique. » Et pour l’amateur de rock qu’est Pierre Jodlowski ,« la scansion du temps régulière induit des phénomènes perceptifs intéressants, toutefois, le fait d’avoir des corps sur scène n’induit pas forcément des pulsations. »

Performances

Respire est un ballet un petit peu particulier que Pierre Jodlowski conçoit avec un support inattendu : « J’ai demandé aux danseurs une réaction spontanée à l’écoute de la musique que j’avais composée. J’ai filmé ces danseurs séparément, puis enlevé le décor et réassemblé le tout, créant ainsi une image impossible à reproduire sur une véritable scène ». Une autre solution pour toucher encore plus les marges du ballet pourrait être de s’intéresser à la notion de performance. Pour le compositeur, « le ballet est très attaché à ses codes. Dans le cadre d’une performance, les choses sont plus ouvertes. Il ne s’agit pas forcément de danseurs, cela peut faire agir directement les musiciens sur scène. »

Lyrique

Pour Guillaume Connesson, l’autre médium vers lequel le ballet fait tendre directement, ce serait plutôt l’opéra : « J’ai vécu la conception de mon ballet comme une vraie préparation à l’art lyrique. Il faut présenter des atmosphères propices à des ambiances et surtout à des décors différents. C’est là où le ballet rejoint pleinement l’opéra. » 

Lors de la création de son ballet Narcisse(s), Pierre Jodlowski a lui aussi passé son temps à assister aux répétitions : « La grande différence avec la composition musicale et la composition chorégraphique, c’est que pour la musique, on est tout seul derrière son bureau, alors qu’un chorégraphe est obligé d’être sur un plateau entouré de danseurs ! » Alors évidemment, comme Jodlowski réalise lui-même la scénographie de ses spectacles en allant jusqu’à en concevoir les lumières, on a envie de lui demander si un jour il n’aurait pas envie de s’essayer à la chorégraphie : « Je préfère confier les choses à un chorégraphe qui aura des compétences que je n’ai pas. Je souhaite étendre ma pratique artistique, mais je reste à ma place. »

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