Pages d’orchestre à l’aube du XXe siècle

Alain Pâris 30/03/2021

Loin de se limiter au répertoire classique et romantique, les éditeurs publient également des urtexts d’œuvres plus récentes dès lors qu’elles tombent dans le domaine public.

Il y a quelques années, Eulenburg avait publié une partition d’étude de L’Apprenti sorcier dont la diffusion était alors interdite en France, où le chef-d’œuvre de Dukas était encore protégé. Cet urtext de Jean-Paul Montagnier, qui peut maintenant circuler en toute légalité, a été repris par Breitkopf dans une édition grand format. Peu de surprises à en attendre quand on sait avec quel soin Dukas corrigeait ses épreuves. Néanmoins, un conducteur lisible remplacera agréablement l’original Durand à la lecture parfois énigmatique due aux multiples réimpressions. Ce qui est intéressant, c’est le cheminement de Dukas entre le manuscrit original, la copie qui a servi à la gravure et la première édition : mouvements métronomiques ajustés, permutation entre harpe et glockenspiel… De quoi guider certains chefs qui laissent les orchestres s’embourber dans le pathos de l’imprécision.

Sources rares

Les quatre poèmes symphoniques de Lemminkainen de Sibelius avaient fait l’objet en 2013 d’un volume relié au sein de l’édition critique Breitkopf.

 

Voilà désormais les volumes séparés. Si ces quatre légendes inspirées du Kalevala sont souvent jouées isolément, notamment Le Cygne de Tuonela, l’ensemble avait été conçu comme une vaste symphonie. Les sources sont rares, car les manuscrits et la plupart des épreuves corrigées ont disparu, probablement dans les bombardements de Leipzig de 1943 qui n’ont pas épargné les archives de Breitkopf. L’éditrice Tuija Wicklund s’est appuyée sur les premières éditions et sur les matériels d’orchestre qui ont servi aux exécutions initiales, ce qui a permis de clarifier certaines zones d’ombre ; mais il reste difficile de savoir avec précision si les articulations modifiées à la main étaient le fait du compositeur ou des exécutants. Le nouveau texte d’introduction conserve l’historique du cheminement de ces œuvres que Sibelius a modifiées à plusieurs reprises.

Mouvement métronomique

Toujours dans le cadre de l’édition critique entreprise sous les auspices de la Bibliothèque nationale de Finlande et de la Société Sibelius de Finlande (Breitkopf), la Symphonie n° 4 de Sibelius paraît sous deux formes : l’édition reliée avec la reconstruction des fragments de la première version et facsimilés, et l’édition brochée où les notes documentaires sont plus réduites. Sibelius a révisé son œuvre à trois reprises entre  1911 et  1942, la dernière version ayant servi de base principale à cette édition. Intéressant commentaire sur les interprétations historiques de chefs qui ont connu Sibelius, notamment pour tenter de préciser les mouvements métronomiques qui ne figurent pas sur la partition, mais pour lesquels le compositeur donna quelques pistes dans une lettre à Sir Thomas Beecham.

Les œuvres publiées avant le 31  décembre 1920 étant protégées en France pendant 85  ans après la mort du compositeur, il faudra attendre deux ans pour que les premières compositions de Ravel tombent dans le domaine public, et que la totalité des urtexts édités par Jean-François Monnard chez Breitkopf puissent être diffusés en France. Mais au-delà des frontières hexagonales, nos lecteurs peuvent y accéder en toute légalité. Dernier volume paru, les Valses nobles et sentimentales dans leur version pour orchestre.

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