Soutien de l’Orchestre de Paris à l’occupation des théâtres

Éloïse Duval 02/04/2021

Alors que plus de 90 théâtres et opéras sont encore occupés à ce jour, l’Orchestre de Paris a apporté son soutien au mouvement. Vicens Prats, flûte solo de l’Orchestre de Paris et Célestin Guérin, trompettiste solo de l’orchestre, nous expliquent le sens de ce soutien.

Comment s’est initié ce mouvement de soutien et pourquoi avez-vous tenu à soutenir l’occupation des théâtres ?  

VP : Nous avons tenu à nous solidariser avec les occupants des théâtres car nous partageons leurs revendications. Comme eux, nous souhaitons la prolongation de l’année blanche, des mesures d’urgence pour les intermittents et le retrait de la réforme de l’assurance chômage. Nous avons conscience d’être privilégiés au sein de cet orchestre, et nous tenions d’autant plus à témoigner notre soutien à ce mouvement. Nous voudrions pouvoir faire plus, mais par cette lettre nous avons souhaité profiter de l’aura dont jouit cet orchestre et l’institution qu’est la Philharmonie de Paris pour montrer que nous n’oublions pas ceux qui souffrent de cette crise. Ce sont nos amis, nos enfants qui font de la musique ou qui sont intermittents. Nous souhaitons que le gouvernement écoute les artistes et les musiciens, qu’il donne un horizon, un calendrier de reprise. 

CG : En début de répétition, nos délégués syndicaux ont lu un communiqué qu’ils avaient pour intention de diffuser en nous demandant si on validait ce communiqué. La réponse de l’orchestre a été unanime. Cela fait peu de temps que j’ai un poste fixe, donc je sais ce que c’est qu’être intermittent. Je partage bien entendu leurs revendications car je vois à quel point c’est difficile pour eux. Beaucoup de concerts et de projets ont été annulés, les déplacements à l’international des chefs et des solistes sont devenus impossibles. À l’Orchestre de Paris, nous avons conscience d’être privilégiés car du fait de la fusion il y a quelque temps de la Philharmonie et de l’Orchestre de Paris, nous bénéficions d’une certaine pérennité de projets, et nous avons presque une captation par semaine. Mais par ailleurs, l’ensemble de musique de chambre auquel j’appartiens ne peut plus se produire, les festivals d’été sont annulés, je devais me rendre en Allemagne pour une tournée et cela a aussi été annulé… 

Alors que le monde de la culture est à l’arrêt depuis un an – en dépit des captations – comment vivez-vous cette période ?

CG : Forcément le public nous manque énormément, car un concert c’est avant tout un échange d’énergies entre les musiciens et le public. Cela nous permet d’avoir un retour sur ce que l’on fait. Mais lorsque l’on joue face à une caméra, il ne se passe pas du tout la même chose, et au terme d’une symphonie éprouvante, c’est très étrange de se trouver face à un blanc et au silence de la caméra. Je suis conscient d’être parmi les privilégiés qui ont encore la chance de jouer, mais je dois avouer que le public nous manque. D’ailleurs, j’ai été convié à participer au concert de soutien qui se tenait samedi dernier sur le parvis du théâtre de l’Odéon, mais je n’ai pu m’y rendre à cause d’une captation. Si l’occasion se présente de nouveau, je participerai volontiers, et je leur ai envoyé tout mon soutien samedi dernier par la pensée…

VP : Les concerts de musique de chambre, les master classes et tant d’autres choses sont annulées… Depuis les annonces de mercredi dernier, nous réfléchissons à la façon dont on peut s’organiser pour continuer à jouer. Cependant, j’ai beaucoup d’amis en Espagne, et j’aimerais comprendre pourquoi eux peuvent jouer et nous non, quelles en sont les raisons scientifiques. Par cette lettre, nous voulons exprimer notre soutien au mouvement d’occupation des théâtres, porter la voix des intermittents comme on le peut et dès qu’on le peut, et les soutenir comme nous le faisons en allant jouer avec eux dans la rue ou en manifestation.

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