« La colère et la douleur des amateurs »

Éloïse Duval 07/04/2021
Une pétition pour la reprise de la pratique amateur a déjà réuni près de 5 000 signatures. Stéphane Grosclaude, coordinateur de la plateforme interrégionale d’échange et de coopération pour le développement culturel, nous en explique les revendications.

Comment cette pétition a-t-elle été initiée ?


Elle a vu le jour face à un constat récurrent. Depuis le début de la pandémie, des protocoles ont aidé les ensembles professionnels à établir des mesures qui leur permettent de répéter. Mais cela n’a pas été accessible pour les interprètes amateurs. En septembre déjà, nous avions écrit à la ministre de la Culture pour l’alerter de ce problème : la pratique musicale n’est envisagée qu’à travers le prisme de l’enseignement ou de la musique professionnelle, et les amateurs échappent à ce spectre dessiné par le ministère. L’idée n’est pas d’opposer les professionnels et les amateurs, mais plutôt de dire qu’ils n’existent pas l’un sans l’autre, et que ce n’est pas le statut qui compte.

Quelles sont vos revendications ?

Le but de cette pétition est de relayer la parole des amateurs et de témoigner de l’absence de prise en compte et de reconnaissance de ces pratiques.

L’enjeu également, c’est d’essayer d’anticiper la reprise de la musique. On parle beaucoup du plan de relance économique, et nous souhaitons mobiliser les élus, les collectivités territoriales et locales, et les acteurs associatifs pour travailler à ce plan de reprise musicale et associative.

Comment la crise affecte-t-elle les amateurs ?


Pratiquer la musique ce n’est pas seulement déchiffrer une partition, mais c’est faire appel à toutes les énergies d’un être humain sur ses capacités à créer, et cela est absolument essentiel. Aujourd’hui, beaucoup de musiciens sont dans une grande détresse sociale et humaine. Aussi, nous avons mis en place des « midis des amateurs et des amatrices » : il s’agit d’un rendez-vous numérique pour permettre aux musiciens de s’exprimer. Au cours de ces moments d’échanges, beaucoup d’amateurs font part de la colère et de la douleur qu’ils ressentent. Des gens renoncent à leur métier car ils ne sont plus en capacité de l’exercer, d’autres voient leur pratique de la musique limitée et parfois empêchée. Ils ont le sentiment de n’être pas impliqués dans les prises de décisions qui les concernent. Le mot d’ordre est donc de voir comment appréhender cette reprise de la pratique amateure en reprenant le travail non pas là où il s’était arrêté il y a un an, mais bien avant, car la technique des musiciens a beaucoup souffert de cette crise. Nous sommes inquiets des séquelles de ce traumatisme. Nous allons passer par une période de réappropriation et de soutien qu’il faut anticiper. Beaucoup d’ensembles amateurs sont aujourd’hui en souffrance, et le sens de cette pétition et de ces réunions est justement de donner un écho et une envergure à ces pratiques artistiques essentielles. En janvier 2020, nous avions réalisé une cartographie des actions culturelles nationales, et je crains qu’à la fin de l’année 2021, la carte ait un autre visage, car la question de la survie d’un certain nombre de structures se pose.

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