Lancement d’une enquête à destination des musiciens d’orchestre

Mathilde Blayo 23/04/2021

Le SNAM-CGT lance un questionnaire à tous les professionnels des Opéras et orchestres dans le cadre des missions d’études lancées par la ministre de la Culture. Yves Sapir, président du syndicat, nous explique les raisons de cette démarche.

Pourquoi lancez-vous ce questionnaire ?

Roselyne Bachelot a commandité deux missions d’études : l’une consacrée aux orchestres et confiée à Anne Poursin et Jérôme Thiébaux, l’autre consacrée à l’Opéra confiée à Caroline Sonrier, actuelle directrice de l’Opéra de Lille. Dans le cadre de la mission Poursin, nous sentons une volonté d’avoir une vision à 360° de ce qu’il se passe dans l’orchestre. A Toulouse, la mission a rencontré la direction, les personnels techniques et artistiques, les musiciens. Nous avons eu le sentiment de personnes qui voulaient s’informer avant de penser l’orchestre, qui voulaient aller à la rencontre des gens qui en constituent sa chair.

Pour la mission Sonrier, à laquelle j’ai été mandaté pour participer, il y a une commission centrale avec un panel de personnes. Puis nous avons appris qu’il y avait aussi des groupes de travail qui devaient définir les problématiques, en débattre entre eux. Aucune organisation représentant les personnels n’est dans ces groupes. On y trouve des administratifs, des directeurs de structures notamment d’ensembles spécialisés, des personnalités... mais personne pour représenter les musiciens, les danseurs, les chanteurs. Nous avons manifesté notre volonté de faire partie de ces groupes de travail, mais on nous à dit qu’on serait entendus dans des auditions à part. Manifestement, l’expertise est partout mais pas chez les gens du métier ! Nous ne sommes apparemment pas capables d’avoir des réflexions dignes d’intérêt sur l’opéra, l’avenir de l’art lyrique et des structures.

Nous avons aussi des inquiétudes par rapport à Caroline Sonrier, qui est une grande professionnelle mais n’est pas neutre dans cette question. Sa maison est issue de la dissolution de l’Opéra de Lille où il y avait trois forces permanentes. Aujourd’hui, l’orchestre national de Lille y joue peu, les structures de chœurs et d’orchestres reposent sur l’intermittence de l’emploi. Lors des dernières rencontres New Deal de la Fevis, Caroline Sonrier proposait que les structures spécialisées interviennent davantage dans les maisons d’opéra, ce qui leur apporterait plus de débouché et diversifierait l’offre pour le public. Il y a déjà des coproductions entre les opéras et les structures indépendantes, mais elles ne sont pas obligatoires, et si nous sommes favorables à une diversification de l’offre pour le public, nous sommes contre un affaiblissement de nos structures. Caroline Sonrier a pris parti publiquement, elle n’invite pas les représentants professionnels attachés à la permanence de l’emploi : beaucoup d’éléments nous laissent penser que la mission n’est pas neutre. Cette parodie de débat nous a conduit à quitter la mission, la SNAM-CGT, le SFA et le SYNPTAC.

En quoi consiste ce questionnaire ?

L’idée de ce questionnaire nous a permis de nous interroger sur nos pratiques syndicales. Nous allons aux réunions ministérielles, dans les commissions etc, mais il nous a semblé nécessaire de revenir vers les professionnels. Ce questionnaire est pour tous les professionnels des orchestres et opéras, avec des questions sur la permanence, sur les conditions de travail, la répartition des productions... Il y a aussi des questions en lien avec la mission Poursin notamment sur l’action culturelle.Ce questionnaire a vocation à donner la parole aux gens à qui ont la refuse dans la mission Sonrier, et d’abonder notre propre réflexion syndicale. Il y a une partie expression libre et nous espérons y recueillir une diversité d’opinions.

Quelle sera l’issue de ce questionnaire ?

Nous aimerions avoir une synthèse dans une quinzaine de jours. Une fois que nous aurons réunis les résultats, nous les enverrons au ministère. Nous allons aussi créer des événements où il y aura des échanges avec des directeurs d’institutions, des solistes, pour montrer qu’il est possible d’avoir des échanges, de faire des débats constructifs sur ces questions.

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