« Nous sommes très isolés dans nos pratiques pédagogiques  »

Mathilde Blayo 23/04/2021

Une Fédération nationale des professeurs indépendants de musique vient d’être créée. Gwenael Huby, présidente de la fédération et Marie Mesure, secrétaire générale, nous expliquent la démarche de cette nouvelle structure.

Comment est née l’idée de cette fédération ?

Gwenael Huby : Lors du premier confinement, nous nous sommes retrouvés assommés, sans perspectives de lendemain sûres comme pour les salariés. Nous avons alors cherché du soutien sur les réseaux sociaux et a émergé l’idée de nous fédérer pour trouver des réponses collectives à nos problématiques. Je pense que beaucoup d’entre nous avaient déjà en tête l’idée qu’il fallait se réunir car nous sommes très isolés dans nos pratiques pédagogiques et au niveau des statuts de notre métier. Il y a beaucoup de statuts différents possibles pour faire ce métier : le CESU, l’auto-entrepreneuriat, les indépendants ou les micro-entreprises... Ce qui demande d’importantes recherches administratives et juridiques. La crise sanitaire a exacerbé nos difficultés.
Aujourd’hui, on ne sait pas combien de professeurs indépendants nous sommes en France alors l’idée est de se rencontrer, d’échanger.

Quels sont les problèmes majeurs que vous rencontrez dans votre métier ?

Marie Mesure : La problématique majeure est pour les professeurs qui ont choisi le CESU, qui interviennent au domicile des élèves et deviennent des salariés de leur employeur.

Le chèque emploi service universel est très facile à utiliser, mais il est plus difficile de faire respecter ce qu’il implique. Si un cours est annulé et qu’on ne va donc pas faire cours, cela pose un problème de régularité de l’enseignement, et c’est aussi parfois compliqué d’être quand même payés pour ces heures. Avec le Covid, des familles sont parties à la campagne, ont annulé des cours, certaines demandent le chômage partiel même si les cours sont assurés en visio... Il faut avoir posé un cadre très clair dès le début de l’année sinon c’est la croix et la bannière pour obtenir nos droits quand un problème se pose. C’est épuisant moralement d’être en négociation constante avec une vingtaine d’élèves. Avec la fédération, on pourra s’appuyer sur une structure qui nous représente et les personnes se permettront peut-être moins de négocier.

Gwenael Huby : Nous n’avons pas du tout été pris en compte pendant la crise sanitaire. Nous ne nous sommes pas reconnus dans les décrets impliquant la fermeture des conservatoires ou des écoles de musique. Au premier confinement, pour éviter les contacts avec les élèves et la transmission du virus via les surfaces, j’ai acheté un deuxième clavier. On assure un cadre de sécurité sanitaire irréprochable et drastique car sinon nous perdons notre activité. Plusieurs collègues ont demandé des éclairages aux préfectures sur nos situations et nous avons eu des réponses très différentes d’un endroit à l’autre. Il y a une grande méconnaissance des instances publiques sur notre métier et la fédération nous permettra aussi d’exister.

Qu’apportera cette Fédération ?

Marie Mesure : Il y a une diversité des statuts, des situations : je suis en CESU, Gwenael est en libéral, certains sont en auto-entrepreneurs ou accumulent les statuts.
L’idée est d’apporter un accompagnement fiscal et administratif, de fournir des informations vérifiées sur ces situations diverses. L’intérêt est aussi de permettre à tous ces professionnels de se rencontrer, de se former car c’est un métier où l’on est beaucoup seul. Aujourd’hui, nous avons besoin d’aide pour construire cette Fédération, nous avons besoin d’échanger avec un maximum de personne. Il n’y a pas de mauvais parcours et c’est cette diversité qui fait la richesse de nos enseignements.

Gwenael Huby : Nous voulons notamment mettre en place un partenariat avec des établissements publics comme l’Urssaf, de façon à clarifier nos statuts. Marie-Lise Vernet, trésorière de la fédération, travaille sur une prévoyance santé car la plupart des indépendants ignorent leurs indemnités sociales.
Nous sommes encore dans une phase de construction. L’objectif est d’avoir un site opérationnel en septembre avec des catégories : juridique, administratif, comptabilité, pédagogie et formation. Nous avons aussi dans l’idée de mettre en place un outil de géolocalisation des professeurs pour ceux qui le souhaitent. Pour l’instant, les informations sont diffusées sur notre page Facebook et vous pouvez nous écrire à reseau.pmi@gmail.com. D’ici là, nous avons besoin de discuter avec un maximum de professionnels.

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