L’impact de la crise sur la pratique vocale

Mathilde Blayo 27/04/2021

Lancé il y a un an, le projet PIC-PIV vise à aider le secteur musical à faire face à la pandémie. Nicolas Droin, pour les Forces Musicales, et Fanny Reyre Ménard, pour la CSFI, qui travaillent conjointement sur ce projet, nous livrent les résultats de leur étude pour la pratique vocale.

Quelles sont les grandes conclusions de vos travaux menés depuis un an sur la pratique vocale ?

Nicolas Droin : Il nous semblait important de faire ce point d’étape alors que nous sommes au pic de la troisième vague, avec l’enjeu des variants. Il est important de s’adresser de nouveau aux chœurs car beaucoup de choses changent. Il est clair que le chant choral est la pratique artistique la plus à risque. L’émission d’aérosols en chantant est très nettement supérieure à l’émission en parlant. Les seuls clusters que nous avons eus en France sur la pratique musicale sont liés au chant. Autant les protocoles pour les orchestres n’ont été que légèrement modifiés, autant pour les chœurs il faut renforcer la vigilance. Mais nous considérons qu’il est possible de chanter.

Fanny Reyre Ménard : Y compris dans les conservatoires, ce qui n’est pas autorisé pour l’art lyrique aujourd’hui. Grâce à nos campagnes de mesure, nous avons une connaissance plus précise de ce qu’il se passe mécaniquement au niveau des gouttelettes, des aérosols... Ce qui en ressort c’est l’énorme variabilité de ces émissions d’une personne à l’autre, et même d’un moment à l’autre avec une même personne. Nous devons donc envisager le risque globalement, nos résultats sont basés sur ce constat de variabilité.

Que préconisez-vous ?

Nicolas Droin : Le masque est un élément extrêmement important de réduction du risque et il n’est pas possible de travailler sans masque.

L’aération des salles est aussi primordiale : il faut penser l’organisation du travail pour qu’il y ait des pauses suffisantes pour aérer les salles. La distanciation recommandée reste la même : 2 mètres en face et 1,5m sur les côtés. Ce sont des contraintes qui rendent déjà compliquée la pratique et nous ne voulons pas insister là-dessus, il faut mobiliser toute la palette d’outils à disposition. Aussi, si les tests ne remplacent pas les gestes barrière, ils sécurisent l’ensemble. Nous avons aujourd’hui des tests très facilement disponibles et utilisables et notre recommandation est qu’il ne faut pas hésiter à faire ces test moins précis plus souvent, le plus près possible de la période de travail. Même pour un test avec une sensibilité à 65-70%, il faut rappeler que cela divise par trois la probabilité d’avoir une personne positive. Par leur accessibilité, leur facilité d’emploi et la rapidité des résultats, les test font un bon complément aux gestes barrière.

Fanny Reyre Ménard : Pour les masques, nous avons travaillé à partir de masques chirurgicaux et les résultats montrent qu’ils limitent considérablement l’émission d’aérosols. Mais il faut surveiller que le masque soit adapté et ajusté. Dans le cadre du webinaire qui aura lieu aujourd’hui à 17h, nous présenterons un retour d’expérience sur les différents modèles de masque spécifiques au chant. Il apparaît que tous ces masques se valent, mais qu’il est important que les décisions soient prises collectivement, par les choristes et le chef de chœur. A priori le port du masque n’a pas d’impact sur l’émission du son, sur les décibels, mais en a sur l’articulation et l’intelligibilité. Il demande aussi une autre gestion du souffle, ce qu’un choriste professionnel peut faire plus facilement qu’un choriste amateur. L’enjeu est surtout psychologique, d’où l’importance que le groupe avance ensemble sur ces questions.

Où en est le projet PIC-PIV plus globalement ?

Nicolas Droin : Notre travail est toujours en cours et nous continuerons tant que la profession devra ajuster ses protocoles à la situation sanitaire. Nous allons travailler maintenant sur l’accompagnement à la réouverture : comment, à quel rythme, comment s’adapter aux personnes vaccinées ou non... Les Forces Musicales devient maintenant le principal porteur du projet, et il faut souligner le soutien sans faille de la Fondation Bettencourt Schueller et son important travail pour la partie chorale, aux côtés de la DGCA.

Fanny Reyre Ménard : Le projet PIC-PIV continue aussi de travailler sur les conservatoires, notamment sur les enjeux liés aux salles de classe et à la circulation de l’air.

 

Les résultats approfondis de l’enquête seront présentés lors d’un webinaire, ce mardi 27 avril à 17h.

L’inscription est obligatoire : https://bit.ly/3sRp11T

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