Tristan Hayoz, flûtiste et réparateur de vélos

Éloïse Duval 27/04/2021

C’est entre son pupitre de flûte solo à l’Orchestre de chambre de Nouvelle-Aquitaine (OCNA) et son atelier de réparation de vélos établi près de Lausanne, que Tristan Hayoz partage sa vie.

Porté par un sport qu’il pratiquait par passion et par l’inquiétude que suscitait en lui la précarité du monde de la culture et du statut d’intermittent, il a suivi, il y a cinq ans, une formation à l’Institut national du cycle et du motocycle du Bourget afin de se former à la réparation de vélos : « J’avais beaucoup de contrats, mais je voyais bien que certains de mes amis et de mes collègues musiciens avaient du mal à s’en sortir en vieillissant. Je ne voulais surtout pas être confronté à la précarité du milieu de l’intermittence, et quand je vois à quel point le monde de la culture est aujourd’hui affecté par la crise sanitaire aujourd’hui, je ne regrette pas ce virage professionnel. »

Un travail d’artisan

D’abord affecté à la réparation des vélos en tant que mécanicien, le musicien a très vite dû apprendre à mêler musique et mécanique, quitte à poser son pupitre au milieu de l’atelier et des vélos : « Au matin, avant l’ouverture de l’atelier et le soir après sa fermeture, je pose mon pupitre dans un coin un peu à l’abri des regards, au milieu des casques, des vélos et des vêtements de cycliste, et je travaille ma flûte. Il y a quelque chose d’assez agréable à commencer et à achever une journée de travail en faisant de la musique, même s’il m’est arrivé de me faire surprendre par des employés qui arrivent plus tôt que prévu et ne s’attendent pas à me trouver en train de jouer de la flûte au milieu de l’atelier. »

L’aisance du statut

Cette capacité à concilier ces deux professions qui n’ont rien à voir repose à la fois sur une grande organisation, mais aussi sur les possibilités offertes par son poste de flûtiste au sein de l’OCNA : « Lorsque Tristan m’a parlé de ce projet pour la première fois, j’avoue que j’ai été un peu surpris, mais c’est un défi qu’il relève de façon admirable. Je pense que cela lui a été facilité par le fait que notre formation n’est pas un orchestre salarié, mais qu’il fonctionne par projet et par cooptation, et offre donc aux musiciens qui en sont membres la possibilité de mener d’autres activités en parallèle. De même, je pense que la flûte est un instrument qui, plus que le piano ou le violon, se prête à une double vie, car les contraintes physiques et matérielles ne sont pas les mêmes », précise Jean-François Heisser, directeur musical de l’OCNA.

D’un monde à l’autre

S’il y a quelque chose d’exaltant à se perdre entre deux mondes, Tristan décrit l’étrange sentiment qui s’empare de lui à l’idée de mener plusieurs vies : « Il y a quelque chose de troublant à être dans l’ombre de son atelier le jour, absorbé dans la réparation des vélos, et à jouer le soir une symphonie de Schubert ou de Mozart à Poitiers. Mes collègues ont tendance à me voir comme un extraterrestre, mais ce sentiment d’avoir une double vie me plaît beaucoup. » Ces deux métiers si distincts ne semblent pourtant pas inconciliables, à tel point que le flûtiste souhaiterait les réunir au sein d’un même lieu : « À l’avenir, j’aimerais créer un lieu de concert sur une péniche du canal de Bourgogne, et je trouverais intéressant que l’on puisse également y mettre un atelier de réparation de vélos ».

Un projet qui, à la lisière de la France et de la Suisse, mais aussi de la musique et de la mécanique, réunirait ces deux vies en un seul et même lieu.

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