Une amende pour une contrebasse dans le train

Éloïse Duval 29/04/2021
La contrebassiste Élodie Peudepièce a reçu une amende pour avoir « encombré » le train de sa contrebasse. Une situation que de plus en plus de musiciens rencontrent, et qui remet en question les dispositifs régissant le transport des instruments de musique.
Alors que les musiciens subissent de plein fouet l’impact de la crise sanitaire, la SNCF cherche, elle, à faire du zèle. La contrebassiste Élodie Peudepièce s’apprêtait à rejoindre les Cris de Paris pour un enregistrement dans l’est de la France lorsqu’elle a été verbalisée d’une amende de 50€ pour avoir transporté un objet jugé trop encombrant par les services de la SNCF. En effet, comme en témoigne le procès verbal établi par l’agent : « La contrebasse prend toute la place du local à bagage de la voiture 17 ». Le cas d’Élodie n’est pas isolé, et cette dernière confie que « c’est la quatrième fois que je reçois une contravention pour avoir transporté ma contrebasse dans le train. Ce qui est rocambolesque, c’est que le métier de musicien implique des déplacements qui, la plupart du temps, s’effectuent en train, et que la contrebasse est mon outil de travail. Mais malgré cela, la législation ne me permet pas de voyager avec. »

Un cadre juridique défavorable

Contactée par notre rédaction, la SNCF n’a pas souhaité donner suite à notre demande d’entretien, mais elle a tenu à nous rappeler les règles qui justifient l’impossibilité pour les contrebassistes de voyager avec leur outil de travail, sous peine d’une amende allant jusqu’à 150€ : « L’objet transporté ne doit pas entraver les couloirs et les accès aux portes. Pour les objets tels que les vélos et les planches nautiques, la règle en vigueur est une taille maximum de 1,20m x 0,9m. Une contrebasse est particulièrement volumineuse (les modèles les plus répandus font 1m80) et lourde (environ 8kg, plus lourde que d’autres objets comme des skis ou une planche nautique). De par sa taille et son volume, elle ne peut pas être rangée dans les espaces bagages. Il ne sont pas prévus pour réceptionner des objets aussi volumineux », détaille le service de communication de la SNCF. Une règle qui ne semble pas en voie d’évolution, malgré les différentes pétitions lancées par les instrumentistes las d’être verbalisés dans le cadre de leur travail.

Des musiciens qui tentent de s’adapter

« Depuis que je fais ce métier, nous avons développé des techniques avec mes collègues. Nous venons très en avance pour installer l’instrument, nous faisons en sorte de ne pas obliger les autres voyageurs à déplacer leurs bagages à cause de nous, et nous veillons à placer l’instrument afin qu’il ne dépasse pas et ne gêne ni les portes ni les espaces de passage, explique la contrebassiste. Mais là encore, un agent zélé qui ne veut pas comprendre qu’il s’agit de notre outil de travail peut tout à fait nous mettre une amende car la loi est de son côté. Souvent d’ailleurs, ils nous demandent de descendre au prochain arrêt avec notre instrument, et nous menacent d’appeler la police si nous refusons de nous exécuter ». À ce problème de place s’ajoute le manque de sollicitude de certains agents qui, parfois, refusent d’ouvrir les portiques de poussette aux musiciens sous prétexte qu’un instrument n’est pas une poussette : « J’ai dû lancer ma basse par-dessus le portique, car je ne pouvais pas faire autrement. Évidemment, ce genre de chose abîme beaucoup l’instrument », explique Élodie. La contrebassiste affirme que certains de ses collègues ont eu le manche de leur instrument sectionné par les portes d’un métro, car le machiniste n’avait pas pris garde à la contrebasse au moment de la fermeture des portes. Quant à l’amende, Élodie ne compte pas la payer : « L’écho de cet événement sur les réseaux sociaux montre qu’il s’agit d’un véritable problème. Donc l’urgence serait d’adapter les porte-bagages, ou simplement de corriger une loi qui autorise le transport d’une planche de surf et d’une paire de skis, mais juge trop dangereux celui d’une contrebasse, qui, je le rappelle, est notre outil de travail. »

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