Voyage en Provence avec un âne et une guitare

Éloïse Duval 30/04/2021

Professeur de guitare au CRD d’Aulnay-sous-bois, Cyprien N’Tsaï sillonne depuis le 24 avril les sentiers de Provence, accompagné d’un âne et de son instrument. Au gré des concerts de villages en villages, le musicien nous invite, à travers un éloge de la lenteur, à repenser nos modes de vie contemporains.

Comment est né le projet de Balad’un âne en Provence ?

Alors que j’étais dans un avion pour Milan et que nous survolions les Alpes, le paradoxe de mon comportement m’est apparu comme une évidence. D’un côté je contemplais la beauté du paysage qui s’étendait en contrebas, et de l’autre, je sentais le kérosène émis par l’avion, et je constatais à quel point mes habitudes participaient à la destruction de ce paysage. Donc ce projet est né de la volonté de retrouver une certaine cohérence entre mes convictions et mon comportement.

Comment se déroule le voyage ?

Le matin, nous nous levons à l’aube, nous replions notre bivouac, et nous nous mettons en marche. Nous avançons lentement, au rythme de notre ânesse Biloute. Nous nous arrêtons parfois pour discuter avec les promeneurs que nous croisons, et nous jouons pour eux. Le soir, nous cherchons un lieu pour installer notre campement, et nous déplions l’enclos de l’âne. Nous donnons des concerts dans les villages où nous nous arrêtons pour la nuit et, quand le temps n’est pas clément, nous demandons aux villageois s’ils peuvent nous accueillir. Alors nous jouons pour nos hôtes qui, de leur côté, partagent leur savoir-faire avec nous, qu’ils soient viticulteurs, artisans ou agriculteurs.

Quel message cherchez-vous à véhiculer à travers ce projet ?

L’idée de partir marcher avec un âne, la guitare sur mon dos, ne répond pas à un but unique, mais à plusieurs problématiques indissociables. D’abord, ce projet répond à une problématique environnementale : est-il encore cohérent en pleine crise écologique de faire des concerts à l’autre bout du monde ? Nous voulions répondre à cette question en adoptant une démarche qui se déploie à l’échelle locale, en marchant de Marseille à Cucuron. Ensuite, il y a une perspective humaine : ce projet est un éloge de la lenteur, qui nous invite à nous extraire des notions de rentabilité, de productivité et de vitesse dans lesquelles nous sommes contraints d’évoluer. Comme nous voyageons avec un âne, nous essayons également de renouveler notre approche du vivant, en respectant le rythme de l’animal, et en ne nous voyant plus comme extérieur au monde que nous parcourons, mais comme une partie de lui. Enfin, il y a une dimension sociale : par les rencontres qui ponctuent notre chemin, il se crée une autre forme de richesse, qui n’est pas une valeur marchande, mais qui n’en est pas moins importante. Ce projet entend aussi montrer l’absurdité de certains musiciens qui utilisent les enjeux écologiques contemporains comme un instrument de communication, et dont les démarches sont dépourvues de véritables convictions.

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous