Les élèves des conservatoires se mobilisent pour la culture

Mathilde Blayo 03/05/2021

Des étudiants des établissements d’enseignement artistique soutiennent le mouvement d’occupation des théâtres. Témoignages à Paris et à Strasbourg.

Il y a un mois, dans les rues de Strasbourg, de jeunes artistes défilaient vêtus de noir ; une marche funèbre pour la culture organisée par des élèves du Conservatoire de Strasbourg, de la Haute École des Arts du Rhin (HEAR) et du Théâtre National de Strasbourg. « Nous ne nous sentons pas considérés, nous sommes perçus comme non-essentiels et c’est surtout ce manque de considération qui nous motive, rapporte Charlotte Nubel, élève du conservatoire strasbourgeois engagée dans le mouvement. On veut montrer qu’on compte pour que, dans dix ans, être musicien soit toujours un métier. » Pour se faire entendre, les jeunes artistes ont développé d’autres actions dans Strasbourg : des concerts trois fois par semaine devant le conservatoire avec des pancartes, une mise en scène d’un concert interrompu par un comédien jouant le politicien et portant une pancarte « Non-essentiel ». « C’est une action de sensibilisation, pour que les gens comprennent la difficulté de notre situation. A la fin de la petite ’représentation’, de nombreuses personnes sont venues discuter et ces temps d’échange sont vraiment précieux, rapporte Charlotte Nubel. Nous voulons faire passer le message que la seule réouverture des salles ne suffira pas. » Le noyau dur du mouvement compte une quinzaine d’étudiants. « Les musiciens ne sont pas les plus politisés, quelques uns viennent suivre les AG. Mais ils sont nombreux à nous rejoindre pour jouer devant le conservatoire », indique Charlotte Nubel.

Revendications

Les élèves du conservatoire, de la HEAR et du Théâtre national de Strasbourg occupent aussi depuis un mois le Théâtre Jeune de Strasbourg-Centre Dramatique National, de 18h à 22h, un temps pendant lequel ils ont écrit leurs « revendications d’urgence » :

prolongation de l’année blanche pour les intermittents au moins jusqu’à la fin de l’année, année grise pour les premiers entrants, une aide financière aux étudiants, la prolongation d’un an du statut d’étudiant et des titres de séjour pour les étudiants étrangers, un plan de relance pour le secteur culturel, y compris pour le milieu amateur « dont nous dépendons aussi pour beaucoup d’entre nous », rappelle Charlotte Nubel. A Paris, les étudiants du CNSMDP partagent ce constat : « La réouverture des salles ne peut pas se faire sans un plan de relance massif du secteur culturel », considère Maël Bailly, étudiant du CNSMDP et engagé dans le mouvement, qui ajoute la nécessité « d’abroger la réforme de l’assurance chômage. »

Mobilisation parisienne

Depuis cinq semaines les élèves du conservatoire supérieur parisien organisent une Agora sur la place de la fontaine aux lions à La Villette, aux pieds du CNSMDP. Aux groupes de musique succèdent les groupes de danseurs et les prises de paroles politique d’étudiants, mais aussi d’intellectuels ou de grévistes, comme les femmes de chambre de l’hôtel Ibis. « La crise sanitaire aggrave plein de problèmes qui étaient déjà là avant. Elle a fragilisé voire détruit économiquement beaucoup d’artistes et d’étudiants. C’était déjà dur, on sait que ça le sera encore plus maintenant, considère Maël Bailly. Il faut qu’on lutte collectivement pour pouvoir continuer à faire nos métiers. » La mobilisation à La Villette réunit en moyenne une vingtaine de jeunes artistes chaque dimanche. Inscrit au CNSMDP depuis six, Maël Bailly a pu observer un réel changement dans la vie politique de l’établissement depuis deux ans : « C’est spectaculaire de voir comme une vie politique riche et organisée est née au CNSMDP. Les manifestations contre la réforme des retraites ont lancé cette politisation, le journal La Crécelle à renforcé l’organisation de ce groupe. De l’extrême gauche à l’extrême droite, il y a plus de vie politique au conservatoire aujourd’hui. »

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