« Nous avons le sentiment d’avoir été oubliés »

Mathilde Blayo 06/05/2021

La mise en place du nouveau décret fait polémique au sein des conservatoires. Entretien avec David Lalloz, directeur de l’école de musique du Bouscat, président de l’Udea33 et trésorier de la FFEA.

Que dit le dernier décret paru pour les établissements d’enseignement artistique ?

Malgré tous les moyens mis en place depuis un an, le décret ne nous permet d’ouvrir qu’aux élèves des classes à horaires aménagés, aux élèves de troisième cycle et de cycle de préparation à l’enseignement supérieur. Ceci crée une inégalité entre les personnes et entre le milieu scolaire et l’enseignement artistique alors que le primaire et le secondaire ont repris les cours en présentiel.

En n’autorisant pas l’ouverture à davantage d’élèves, le gouvernement oublie et ne tient pas compte de la situation mise en place dans nos établissements avant le troisième confinement. Le gouvernement ne prend pas en compte les moyens financiers, humains et matériels, les protocoles stricts qui ont été mis en place depuis un an. Nous avons fait 10 rentrées depuis un an!

Pourquoi ce décret semble provoquer plus de colère que les précédents ?

Il y a une grande incompréhension autour de moi. Au sein de l’Union départementale des établissements d’enseignement artistique de Gironde (Udea33) que je préside, nous partageons tous le postulat que la santé doit être prioritaire sur l’enseignement artistique.

Tout le monde a accepté de se plier aux règles, de tout faire pour assurer la sécurité des usagers. Mais nous sommes aussi convaincus que l’expérience artistique est nécessaire au bien-être de chacun et que, si cela a du sens de s’occuper de la santé des individus, il faut aussi considérer les personnes privées de lien et d’expression artistique.

Nous avons le sentiment d’avoir été oubliés. Pourquoi ne sommes nous pas considérés comme les établissements de l’Éducation nationale ? Il va vraiment falloir qu’un jour ce statut différencié évolue, d’autant qu’aujourd’hui il y a sans doute moins de risques de contamination à suivre un cours en conservatoire que d’aller au collège. Il faut davantage de cohérence, de rationalité dans les prises de décision.

Avez-vous un calendrier pour une plus large réouverture des établissements ?

Le 3 mai, à l’Assemblée nationale, Roselyne Bachelot a assuré que les conservatoires rouvriraient le 19 mai pour les publics « déjà accueillis antérieurement avant le reconfinement », indiquant que les élèves mineurs sont déjà dans les conservatoires. Elle devait penser aux CHAM mais c’est maladroit et cela montre un manque de concertation. Elle a aussi indiqué qu’au 9 juin pourra reprendre la danse sans contact pour les élèves majeurs, et qu’au 1er juillet ce sera possible de faire de la danse contact et du chant collectif. Cela montre aussi à quel point, elle ou ses équipes, ne connaissent pas le fonctionnement de nos établissement et notre calendrier : en juillet, les cours sont terminés !

Il y a une réelle usure des équipes pédagogiques et administratives et le besoin de concertation est énorme. Nous devons parler de ces sujets, expliquer les bienfaits et la nécessité de l’éducation artistiques aux élus. C’est un des objectifs du Forum européen des écoles de musique qui aura lieu à Bordeaux du 13 au 15 mai.

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