« Mon coeur chante et danse avec les manifestants »

Éloïse Duval 07/05/2021

Le 28 avril dernier, l’annonce d’une réforme fiscale par le gouvernement colombien a poussé la population à descendre dans les rues du pays. Betty Garcés, soprano d’origine colombienne, engagée dans le mouvement “Opera for peace”, revient sur  les ressorts de cette crise violemment réprimée par le pouvoir. 

Comment sont nées ces contestations qui secouent la Colombie depuis la fin du mois d’avril ? 

Les manifestations ont débuté suite à l’annonce par le gouvernement d’une réforme fiscale, qui entend notamment augmenter de près de 20% la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Une telle augmentation affecterait principalement la classe moyenne colombienne, déjà lourdement touchée par la crise sanitaire, car elle s’appliquerait aux produits de première nécessité, dont la population a besoin pour survivre. En Colombie, certaines familles ne peuvent manger qu’une fois par jour, faute de moyens. Cette réforme creuserait donc davantage encore les inégalités entre les différentes classes sociales. Mais au-delà de cela, ces manifestations cristallisent le mécontentement général de la population colombienne qui peine à établir un dialogue avec le gouvernement, et se heurte aux réformes du système de santé et de retraite.

Comment percevez-vous la violence de la répression opérée par les forces policières ?

Je ressens une tristesse infinie à l’idée que ceux qui manifestent pacifiquement meurent aux mains de la police nationale et de l’Esma (escadron mobile antiémeute). J’ai le cœur brisé par tant de violence, par le fait que la police utilise les armes et la force pour réprimer ces manifestations. Le jour tout se passe bien, mais dès que la nuit tombe, cela se termine souvent de manière tragique. C’est le sens des manifestations qui se tiennent aujourd’hui, dénoncer une situation où tout le monde ne jouit pas des mêmes droits, où une partie importante de la population vit dans une grande pauvreté et dans l’injustice. Mon coeur est avec eux, je partage leur désespoir et la conviction qu’il est nécessaire de lutter pour nos droits humains. 

Quel rôle les artistes peuvent-ils jouer dans cette crise ? 

Mes amis et mes collègues sont dans les rues, et appellent pacifiquement au dialogue avec le gouvernement. Ils chantent et dansent, lisent des poèmes, le visage parfois peint aux couleurs du drapeau colombien, et mon cœur chante et danse avec eux. Je pense que les artistes ont un rôle fondamental dans toutes les manifestations du peuple. Les artistes ont une voix, et ils sont là pour servir ceux qui n’en ont pas, nous sommes là pour servir notre public qui est notre peuple aussi. Ils sont capables de sentir et de voir qu’il relève de notre responsabilité de lutter pour dire cette violence, et pour appeler au dialogue, au respect des droits humains, à la paix et à l’harmonie.

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