Michael Bialobroda : « nous sommes des messagers de paix »

Antoine Pecqueur 18/05/2021
Alors que le conflit au Proche-Orient entre dans sa deuxième semaine, entretien avec le musicien français, violoncelle solo de l’Orchestre symphonique de Jérusalem.

Comment vivez-vous la situation actuelle à Jérusalem ?


C’est catastrophique. Nous craignons que se multiplient les émeutes entre juifs et arabes, à Jérusalem Est et dans la vieille ville. Il y a un fanatisme des deux côtés. Ce sont ceux-là qui parlent le plus fort et qui font le plus de bruit, mais la majorité silencieuse veut que les violences s’arrêtent. Il y a aussi un calcul politique : le premier ministre Benyamin Netanyahou était tout proche de quitter le pouvoir, la guerre peut donc lui permettre de remonter dans l’opinion. Depuis que je suis arrivé à Jérusalem, je suis devenu bien plus critique envers le gouvernement israélien, dont je vois le haut niveau de corruption. Le gouvernement donne aussi des gages aux « haredim », les ultra-orthodoxes. Le sionisme
d’aujourd’hui est désormais proche du fascisme, il est devenu un ethno-nationalisme militariste ultra-violent, très éloigné de ses courants socialistes.  Il est en tout cas bien loin de l’humanisme hébreu de Martin Buber.

Ce contexte met-il à l’arrêt l’activité musicale du pays ?

La montée des violences a tout arrêté alors que nous commencions à reprendre les concerts après la crise sanitaire. Notre planning change à la dernière minute en fonction des tensions. A priori, nous devrions reprendre la semaine prochaine mais rien n’est sûr. Tous les musiciens veulent que la guerre s’arrête, nous sommes des messagers de paix, avec des approches différentes selon les musiciens. Les russes, qui sont nombreux dans l’Orchestre, sont plus conservateurs que les israéliens eux-mêmes, en grande majorité bien plus critiques envers le gouvernement Netanyahu. Il n’y a que trois-quatre musiciens sur 80 qui soient religieux. Mes collègues craignent tous que la situation actuelle n’aboutisse à celle de la guerre de 2014.


Quel regard portez-vous sur le traitement du conflit ?


Notre société ainsi que les médias et réseaux sociaux malheureusement posent systématiquement toute question politique par le biais de l’antagonisme et des discours polarisants, il faut choisir son camp à tout prix, au détriment de la nuance. Et c’est ça qui est très dangeureux. Tu prends une position, un cas précis en faveur d’Israël, tac tu es un anti-palestinien islamophobe qui n’a rien compris à la souffrance des gazaouis, et vice versa  tu es un anti-israélien antisémite si tu exprimes ton empathie envers l’horreur que vivent les gazaouis. C’est terrible. C’est noir ou blanc, il n’y a jamais de parole modérée, tempérée et réfléchie. Les gens doivent se rentrer dans la tête une bonne fois pour toute que la terre n’appartient à personne, nous sommes de passage ici. Je crie et prie pour plus d’humilité au Proche-Orient. Oui c’est ça : Humilité.

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