A Perpignan, la réorganisation du conservatoire fait polémique

Mathilde Blayo 21/05/2021

41 contrats sont remis en question dans l’établissement. Une décision motivée par des raisons juridiques mais aussi par l’externalisation de l’orchestre.

L’inquiétude règne au CRR de Perpignan depuis qu’une quarantaine de professeurs contractuels ont reçu un courir leur indiquant que leur contrat ne serait pas renouvelé à la rentrée de septembre. Il s’agit de 41 contrats, jusqu’ici renouvelés d’année en année depuis parfois quinze ans. La décision de l’agglomération Perpignan Méditerranée Métropole, qui gère le conservatoire, scandalise en période de crise sanitaire, avec un secteur culturel exsangue. Mais le président de la collectivité, Robert Vila, explique appliquer la loi : « un décret de 2019 sur la fonction publique demande que pour les contrats répétitifs il y ait systématiquement un jury de recrutement. Je suis arrivé courant 2020, j’applique donc la loi cette année. »

Externalisation de l’orchestre

Les 41 contrats ne sont pas remis en jeu : seulement 25 postes sont ouverts au recrutement. Une opération rendue possible par l’externalisation de l’orchestre du conservatoire. « Une cinquantaine de professeurs avaient des décharges pour l’orchestre : nous récupérons donc ces heures et j’aurai besoin de moins d’enseignants pour répondre à la demande des élèves, explique Robert Vila. Nous voulons recentrer l’activité du conservatoire sur l’enseignement artistique et que les enseignants investissent mieux les antennes de l’établissement. »

Dans ces 41contrats, beaucoup comprenaient des heures à l’orchestre, ou représentaient des volumes horaires faibles. « Pendant des années, l’orchestre était déjà externalisé, sous forme associative. L’intégrer au conservatoire a permis de créer un encadrement des plus grands élèves dans l’orchestre, c’était intéressant et ça a bien fonctionné, mais cela posait aussi un problème de lisibilité et de paiement des professionnels, rapporte Daniel Tosi, actuel directeur du conservatoire et chef de l’orchestre. Revenir sur le plan associatif rendra l’orchestre plus autonome, ce qui n’empêchera pas de créer des partenariats et conventions avec le conservatoire. » Daniel Tosi, qui part à la retraite cet été, regrette l’impact humain de cette décision, « mais c’est la loi ».

Le président de l’agglomération met aussi en avant la perte d’effectif du conservatoire ces dernières années, passé de 3000 élèves il y a cinq ans à 2665 aujourd’hui. Une baisse que Sébastien Monge, professeur du conservatoire, explique par l’augmentation de 20% des tarifs d’inscription, « puis on ne doit pas se réajuster en permanence par rapport à un nombre d’inscrit, surtout avec la crise sanitaire. Une baisse d’effectif ce n’est pas une fatalité qu’il faut accompagner en réduisant nos capacité. »

Candidater sur son poste

Sur les 25 postes ouverts au recrutement, 13 sont en équivalents temps-plein et les autres viennent compléter certains enseignements. Les professeurs jusqu’ici reconduits d’année en année devront postuler sur ces postes, « mais on ne peut pas certifier qu’ils seront recrutés car il y aura de la concurrence », averti Robert Vila. Une situation qui scandalise les professeurs du conservatoire et inquiète les contractuels, présents à Perpignan depuis des dizaines d’années pour certains. « C’est très dur humainement car certains n’ont pas les diplômes requis, et se retrouveront face à des personnes mieux armées qu’eux, évoque Daniel Tosi. J’espère que les jurys de recrutement sauront être bienveillants par rapport à ceux qui ont été là pendant des années. »

Certains professeurs se sont vus supprimer leur poste, comme Joël Pons, professeur de violoncelle baroque depuis 10 ans en CDD. « J’ai pourtant une classe qui fonctionne avec des élèves que je vais laisser sur le carreau, regrette-t-il. Sans les concerts, j’ai perdu la moitié de mes revenus. Mettre les gens dehors dans cette période est inacceptable. » Pour ce poste, Robert Vila indique que si les professeurs titulaires ne peuvent reprendre l’enseignement, il y aura un recrutement pour garder la classe.

Titularisation

Les professeurs concernés par ce remaniement considèrent qu’ils auraient du obtenir un CDI après des années de CDD reconduits. « Certains sont là depuis des années et auraient dû être titularisés, ils n’auraient pas à subir cela aujourd’hui, considère Pierre Marsal, représentant syndical de Force Ouvrière à la communauté urbaine. A minima, nous demandons des indemnités de départ équivalentes au nombre d’années passées sur le site. » Robert Vila estime que ceci ne relève pas de sa responsabilité : « quand je suis arrivé, je n’ai signé aucun de ces CDD, ou à la marge. Si un des professeurs concernés est recruté par le jury, qu’il peut être titularisé, j’appliquerai la loi et il passera en CDI. » Le président mentionne néanmoins des professeurs qui n’ont jamais souhaité être titularisés, pour ne pas perdre le statut d’intermittent. Une situation que Daniel Tosi confirme : « Nous avons titularisés ceux qui pouvaient l’être c’est-à-dire les PEA. Pour les ATEA1, cela n’était pas possible de le faire jusqu’en 2018. Il y a des enseignants qui ont refusé la titularisation, qui ont refusé de passer les diplômes nécessaires en préférant garder une situation de cumul d’heures considérable. »

Pour autant, les professeurs continuent de se mobiliser pour ces contractuels qui risquent de perdre des heures d’enseignement particulièrement précieuses dans cette période de crise.

1 Assistant territorial d’enseignement artistique.

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