Simon Rattle : avec le Brexit, « nous nous battons sur plusieurs fronts »

Sir Simon Rattle, chef d’orchestre britannique de renommée internationale et directeur musical du London Symphonic Orchestra, explique à La Lettre du Musicien les défis liés à la pandémie et au Brexit auxquels font face les musiciens au Royaume-Uni.

Vous êtes sur le point de revenir sur scène (18 mai) devant le public. Que ressentez-vous ? 

La musique est composée pour être jouée dans une salle devant d’autres personnes. Nous avons été privés de cette interaction essentielle, ce qui nous a tant manqué l’année dernière. C’est un processus à double sens, les musiciens peuvent sentir comment le public réagit à leur jeu, ce qui permet d’améliorer la prestation et d’introduire des nuances. Alors, bien sûr, nous sommes tous très, très enthousiastes et un peu nerveux.

Comment la pandémie vous a-t-elle affecté ?

Pour de nombreux musiciens indépendants, la pandémie a été catastrophique sur le plan financier et nous allons perdre tant de grands talents.

Mais, pour le London Symphonic Orchestra (LSO), cela a été une période fascinante qui a permis d’explorer le répertoire qui peut être joué en formation restreinte. Nous avons répété et enregistré au LSO St Luke’s dès que possible, en septembre dernier. Notre équipe de régisseurs a remarquablement veillé à la sécurité de tous en prenant des mesures de distanciation sociale et en procédant à des tests et à des vaccinations. Nous avons dû faire preuve de souplesse, des imprévus intervenant chaque semaine, mais les musiciens se sont adaptés, animés par le désir de jouer ensemble. Et bien sûr, nous avons accéléré le développement numérique et amélioré notre capacité à enregistrer et à diffuser, non seulement nos concerts, mais aussi nos programmes d’enseignement en ligne pour tous les groupes d’âge et tous les niveaux. 

Vous avez déclaré lors d’une interview (à l’AFP) que le Royaume-Uni pourrait devenir "une prison culturelle" à cause du Brexit. Pouvez-vous développer cette idée ? 

Je crains que le Royaume-Uni ne se coupe du reste de l’Europe sur le plan artistique. Nous nous battons sur plusieurs fronts du fait des entraves à nos tournées post-Brexit : les visas, le transport des instruments et bien sûr, en ce moment, la mise en quarantaine. Ces trois points posent d’énormes problèmes logistiques, le plus pernicieux étant l’impact financier sur une activité déjà en difficulté. Cette situation rendra-t-elle les tournées impossibles ? Ce serait d’autant plus regrettable que public et artistes s’enrichissent immensément en partageant des œuvres d’art et des spectacles issus de cultures différentes. Il serait tragique de perdre tout cela. 

Vous avez récemment annoncé votre départ du London Symphony Orchestra en 2023 pour rejoindre l’Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, à Munich. Le Brexit a-t-il pesé dans votre choix ?

Les raisons pour lesquelles j’ai accepté ce poste à Munich sont exclusivement personnelles. Ma famille est basée à Berlin, et, du fait du confinement, j’ai passé beaucoup plus de temps à la maison au cours de ces dix-huit derniers mois. J’ai réalisé que tant pour ma famille que pour moi, c’est très important. Je souhaite être plus souvent près de chez moi. C’est une chance qu’on m’ait offert ce poste à Munich. En même temps, je maintiendrai des liens étroits avec le LSO durant le reste de ma carrière.
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