Benjamin Lescoat, alto et médecine ayurvédique

Éloïse Duval 25/05/2021

Après avoir étudié l’alto aux conservatoires d’Amiens, de Paris et de Bruxelles, c’est entre les pupitres du Concert Spirituel et les consultations en médecine ayurvédique que Benjamin Lescoat partage sa vie. Une double vie qui oscille entre musique et médecine, au gré des soins du corps et de l’esprit. Pourtant, c’est par esprit de contradiction que le musicien a commencé à s’intéresser aux vertus des plantes : « Lorsque je suis arrivé au Conservatoire royal de Bruxelles, j’ai souhaité étudier l’herboristerie pour prouver que cela ne marchait pas. Et quand j’ai constaté, un peu malgré moi je l’admets, à quel point cela fonctionnait bien, j’ai quasiment cessé d’aller chez le médecin. »

Vertus thérapeutiques

Ainsi pris au jeu de cette science qui s’attache à analyser les vertus thérapeutiques des plantes, le musicien en est venu à réaliser ses propres remèdes naturels : « Les médicaments qui nous sont prescrits sont élaborés à partir de plantes dont certaines molécules ont été synthétisées puis multipliées. Or, la plante a déjà en elle toutes les autres molécules permettant au corps de lutter contre les éventuels effets secondaires. À présent, je prépare mes propres médicaments à l’aide des teintures mères utilisées par la pharmacopée du début du 20 siècle. »

Porté par cette première approche de la médecine douce, l’altiste s’est ensuite tourné vers l’Ayurvéda, médecine traditionnelle originaire d’Inde du Sud : « L’Ayurvéda diffère de l’herboristerie car elle adapte les vertus des plantes à la logique interne du corps du patient. Il ne s’agit pas de catégoriser les effets des plantes, en prescrivant le même traitement à des patients très différents, mais de comprendre le fonctionnement interne du corps de chaque patient afin de guérir leur mal au moyen des plantes qui conviennent. »

Esprit de corps

Si cette médecine douce semble très éloignée de l’univers musical, les deux disciplines reposent pourtant sur des procédés semblables, dont le musicien se nourrit, tant pour alimenter sa pratique musicale que ses consultations en Ayurvéda : « En musique comme en Ayurvéda, il s’agit de ressentir l’autre. Quand je fais le bilan d’un patient, j’écoute absolument tout : sa respiration, le mouvement de son corps. J’utilise les mêmes méthodes en musique, pour comprendre et interpréter les gestes du chef, et pour sentir en moi la pulsation des autres musiciens et faire corps avec eux »l. Hervé Niquet, chef du Concert Spirituel, salue chez Benjamin Lescoat « une oreille globale, qui jouit d’une force calme et puissante. Il a la capacité d’être perpétuellement à l’écoute du reste de l’orchestre ». Si l’Ayurvéda a permis au musicien de gagner en efficacité musicale, la médecine douce a également appris à Benjamin Lescoat à développer une nouvelle appréhension de la musique : « L’Ayurvéda m’a permis de mettre des mots sur des choses qui me fascinent et qui font que, parfois, on s’arrête au beau milieu d’un mouvement musical, et sans un regard, ni même une respiration, nous repartons tous ensemble, comme si nous étions au-delà de la partition, comme si nos corps et nos esprits se ressentaient à tel point que nous pouvions nous passer de mots ».

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