Opéra de Dijon : une transition onéreuse

Antoine Pecqueur 25/05/2021

Le départ de Laurent Joyeux à la tête de cette structure a coûté 250 000 euros à la ville, qui a choisi unilatéralement son successeur.

L’arrivée de Dominique Pitoiset à la tête de l’Opéra de Dijon, en pleine crise sanitaire, n’est pas passée inaperçue. Sa nomination s’est faite dans un climat de tension lors du conseil municipal du 28 mai 2020. Car les conditions de son recrutement interpellent : il n’y a eu ni appel à candidature, ni jury. C’est François Rebsamen, le maire de Dijon, qui l’a décidé unilatéralement. Or l’Opéra de Dijon, dont le budget atteint les 11 millions d’euros, est financé par plusieurs tutelles : outre la ville (6,7 millions d’euros) figurent également la Région Bourgogne-Franche-Comté (1,2 million d’euros) et l’Etat (950 000 euros). Le département a lui supprimé sa subvention à cet établissement. Le choix de Dominique Pitoiset, originaire de Dijon et davantage reconnu dans le monde du théâtre que dans celui de la musique, s’est donc fait sans discussions entre les tutelles. « Celui qui paie commande, nous dit François Rebsamen. J’ai informé les ministres de la Culture Franck Riester puis Roselyne Bachelot de cette nomination ». L’Etat se retrouve donc en position de spectateur alors que l’Opéra de Dijon a depuis 2017 le statut de théâtre lyrique d’intérêt national.

Taxe sur les salaires

Cette nomination a en tout cas coûté cher : les indemnités de départ de Laurent Joyeux se sont élevées à 250 000 euros.

Comment expliquer la volonté du maire de se séparer à grand frais de Laurent Joyeux ? « Il est bon de renouveler au bout d’un certain temps la direction d’un établissement. L’Opéra doit avoir une programmation plus diversifiée qui touche aussi plus de public. Laurent Joyeux avait en outre ces dernières années candidaté dans différents opéras, notamment à Strasbourg et même à l’Opéra de Paris », nous dit François Rebsamen. A cela s’ajoute un aspect plus économique. En juillet 2018, Laurent Joyeux a alerté les services du Préfet au sujet de la dette fiscale de l’Opéra. Car la ville refuse alors de payer la taxe sur les salaires, de l’ordre de 250 000 euros par an. Le conflit va crescendo : les négociations entre la ville et l’Etat, qui acceptent de diminuer les pénalités de retard, n’aboutissent pas. La mairie va jusqu’à faire un recours devant le Tribunal administratif. Fin 2019, le montant des dettes de l’Opéra s’élève à 1,5 millions d’euros. Mais désormais ce problème est « réglé », nous dit la ville de Dijon, sans nous dire le montant qui a finalement été acquitté.

Dans sa politique culturelle, la ville de Dijon fait cavalier seul. C’est la mairie qui s’est opposée au rapprochement des Fonds régionaux d’art contemporain de Dijon et de Besançon, alors même que la ville n’en est pas le financeur. Idem pour les orchestres de ces deux mêmes villes. « Dans la fusion, la Région voulait que l’Orchestre s’installe à Besançon et prenne le nom de Victor Hugo. C’était inacceptable, d’autant plus que le statut des musiciens des deux orchestres sont différents », fustige François Rebsamen. Sur le terrain culturel, François Rebsamen veut montrer son affranchissement total de l’Etat, qui subventionne pourtant de nombreux équipements dijonnais. Une tendance qui se retrouve dans de plus en plus de collectivités. « Il faut déconcentrer les administrations centrales. Y-a-t-il nécessité à avoir encore aujourd’hui un ministère de la Culture ? Je m’interroge », nous dit le Maire de Dijon. « C’est le retour du duc de Bourgogne », persifle un fin connaisseur du monde culturel bourguignon. Mais qui au final pourrait bien coûter cher au contribuable.

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