"Symphonie sur un chant montagnard" de Vincent d’Indy

André Peyrègne 25/05/2021

Inspirée par un chant de berger cévenol, cette partition fascine par son orchestration.

Ce jour-là, Monsieur le Comte allait à pied sur la crête de Tourtous, entre Valence et son domaine de Chabret à Boffres. La vue s’étendait sur les monts vallonnés du Vivarais et le massif des Cévennes. Il faisait chaud, mais la marche ne lui faisait pas peur. 

Monsieur le Comte n’était autre que Vincent d’Indy, compositeur qui, tout en étant né à Paris, descendait d’une famille de la noblesse du Vivarais. Il y venait chaque été. On était en 1886, il avait 35 ans. 

Peu avant d’arriver à Toulaud, il entendit un berger chanter. Ce jour-là, le chant resta dans sa tête – comme ces airs, parfois, qui tournent sans fin et dont on n’arrive pas à se défaire. 

Thème cyclique

Arrivé chez lui, il prit un papier à musique et nota le chant : « Loy tournoren pas pu, Fa l’omou delay l’ayo » (« Jamais je ne reviendrai aimer de l’autre côté de l’eau ! »). 

Il sentit rapidement qu’il pourrait en faire une symphonie. Ce thème pourrait certainement devenir « cyclique » – c’est-à-dire présent dans tous les mouvements de la symphonie – comme son maître César Franck lui avait appris.   

Il décida de composer pour un grand orchestre symphonique romantique  (bois par trois dont un cor anglais, quatre cors, deux trompettes, deux cornets, trois trombones, un tuba). Mais il imagina aussi d’ajouter un piano. Pas un piano comme dans un concerto, mais dans un rôle d’instrument principal.

Rêverie d’un randonneur

Le thème du berger intervient dès le début, énoncé par un instrument bucolique par excellence, le cor anglais. L’introduction terminée, un crescendo frémissant dans lequel intervient le piano nous conduit à un allégro. Le chant montagnard est plus que jamais présent. Un deuxième thème apparaît aux flûtes et à la harpe au milieu des arpèges du piano. Il exprime la rêverie du randonneur. Peu à peu, la rêverie se transforme en exaltation. La joie d’être au cœur de la nature ! L’orchestre explose comme dans un grand opéra. Le chant montagnard passe, sous forme variée, de l’orchestre au piano. Puis la musique s’apaise. Le thème est toujours là, vibrant de poésie champêtre.    

Dans le mouvement suivant, « assez modéré mais sans lenteur », le piano ruisselle au milieu des paysages orchestraux. Le thème montagnard intervient comme en écho aux épanchements du piano et de l’orchestre.  

Dans le rondo final, le thème montagnard surgit au piano. L’orchestre s’impose sur un rythme dansant. Une allégresse campagnarde gagne tous les pupitres. La symphonie s’achève sur une explosion de joie.  

À la fin de l’été 1886, la « Symphonie sur un chant montagnard », dite aussi « Symphonie cévenole », était achevée. Vincent d’Indy ramena sa partition à Paris. Venue du grand air des monts du Vivarais, elle allait conquérir les salles de concerts parisiennes. Elle fut créée le 20 mars 1887 aux Concerts Lamoureux avec la grande pianiste de l’époque Marie-Léontine Bordes-Pène.  

Rarement chant de berger avait connu une telle gloire. Elle sonnait comme une consécration musicale de nos régions.

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